ME RACONTE PAS D’HISTOIRE

LAYLA – LA LOGE – Arnaud Maïsetti & Jérémie Scheidler avec la collaboration de Boutaïna El Fekkak

12/10/2017

Layla c’est l’histoire d’une autre. De se sentir vivant. On sait jamais qui on est.

Layla c’est cette question. C’est quoi être à la bonne place ? Quand est-ce qu’on sait qu’on est à la bonne place. ?

La bonne place c’est là où je suis. Evidemment que c’est la bonne place puisque c’est la seule solution. Etre là où je suis. Vu que je ne suis nulle part ailleurs et que je ne peux être nulle part ailleurs que là.

Layla c’est un seule en scène. C’est Boutaïna El Fakkek sur scène. Boutaïna, au début, elle raconte son histoire. Enfin du moins, c’est ce qu’on croit. Puis elle nous raconte sa rencontre avec Layla. Et puis elle devient Layla. Assez vite, on ne sait plus trop démêler le vrai du faux. Encore faut-il qu’il y ait eu du vrai.

Layla c’est une française d’origine algérienne qui décide, un jour, qu’elle doit partir. Son histoire va de train, en taxi, en voiture, à pied, sans avoir vraiment de sens et finit les pieds écorchés contre le bitume de l’A9 et le visage dans la boue face à la mer. Son histoire finit à l’hôpital psychiatrique. Elle finit avec l’éternel refrain, traitement, médicaments, mâchoire bloquée, corps engourdi, vol au dessus d’un nid de coucou, jusqu’à la fin.

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crédit photo : M. Lahlou

Pendant une heure de ce récit dont le sens m’échappe, Boutaïna retient ses larmes, sa voix tremble, elle essuie son visage, son nez, elle ravale ses larmes. Ses fausses larmes.

Pourquoi ?

En fait pourquoi je m’en fout mais ça m’insupporte.

On sait qu’on est dans la fiction.

Elle se présente : Boutaïna, on sait qui elle est. Elle parle à ses amis dans la salle. Elle glisse jusqu’à endosser « le rôle » de Layla. Cette dramaturgie impose une distance. Elle passe de présentation à représentation devant nous.

Alors pourquoi ce pathos ? Pourquoi tomber d’un seul coup dans les larmes de crocodiles ? Elle utilise un faux « je ». Et même, parfois, elle sort de son rôle, marque une pause, nous parle de la chaleur qu’il fait dans la salle, boit dans sa tasse, se mouche le nez. Et elle repart dans son récit, dans son pathos.

Est-ce que c’est une métaphore de la supposée schizophrénie de son personnage ?

 

Comme d’habitude je refuse de signer le pacte de la fausse fiction au théâtre.

Ce n’est pas que je n’aime pas les histoires.

Mon père et ma mère me racontaient des histoires.

Ils me lisaient le petit chaperon rouge et je l’imaginais. Et je m’endormais. Et ça me plaisait.

Mais mon père ne s’est jamais fait passer pour le petit chaperon rouge.

Ce serait me prendre pour une idiote vraiment.

 

C’est le sentiment que j’ai en sortant de la Loge. Qu’on a essayé de me prendre pour une idiote.

C’est peut-être le cas. Mais je n’aime pas ça.

J’aime trop les gens pour les voir se cacher derrière un personnage.

Boutaïna je l’aime. Elle aurait pu me parler d’elle pendant deux heures. Ca m’aurait sûrement fasciné. Mais Layla. Je la connais pas. Et quand j’apprends ensuite, que ce texte a été écrit par un homme, qui connaît Layla, Leïla. Celle qui s’est confié et dont il raconte l’histoire.

J’aime encore moins ça.

2 réflexions sur « ME RACONTE PAS D’HISTOIRE »

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