TO COME OR NOT TO COME

TO COME (EXTENDED) – Mette Ingvartsen – Centre Georges Pompidou

08/10/2017

Quelle queue pour se rendre dans les entrailles de Pompidou ce dimanche. J’en subis une et j’avance d’un mètre toutes les 3 minutes mais à ma droite il y en a deux autres. Deux queues gigantesques qui prenne toute la place et qui attendent.

Je regarde les gens. Le cliché des étudiants en école d’art devant moi. Moi aussi je dois être un cliché. Mon frère dit que je lui fait penser à une goth des années 80.

Le spectacle aurait dû commencer depuis 10 minutes quand j’entre dans la gueule de la machine.

Dans le sous-sol, encore une queue. Je me retrouve à marcher à côté d’un homme, venu seul lui aussi. On avance ensemble, au même rythme, égaux.

J’avais une terrible envie de faire pipi mais j’avais pas envie de perdre ma place parce que la queue était énorme derrière moi. Alors je me suis retenue. Tout le spectacle. C’est pas bien de se retenir.

Il y avait une place au deuxième rang. Entre deux jeunes femmes, presque au centre, tout près de la scène. J’étais contente. J’aime être proche des acteurs/danseurs. J’aime voir les détails de leurs corps, des éléments de la scénographie, capter leurs regards et leur énergie.

Pour l’énergie il a fallu attendre.

Le spectacle est fait de trois parties. Mette Ingvartsen décompose froidement l’acte sexuel. 1- Les positions. 2- L’orgasme vocal. 3- La performance physique.

Je ne vous dis pas que To come, a déjà été créé en 2005 pour 5 danseurs. Là, on a affaire à la version Extented, pour une vingtaine de danseurs. Je n’étais pas là en 2005, et je ne connais pas cette chorégraphe.

On m’a juste dit « va voir ça, ça va te plaire » et comme d’habitude, j’y suis allée.

J’ai rarement autant ressenti cette euphorie de la salle aux applaudissements que ce dimanche. Et c’était aussi la première fois que j’assistais au soulèvement d’une salle et des danseurs contre un spectateur qui avait visiblement décidé de filmer au portable tout le spectacle.

 

J’ai pas regardé ma montre pendant la première partie. Mais j’aurai pu le faire 10 fois.

En fait, ce qui me tracassait, comme je n’avais pas lu le programme de salle, c’est que je ne connaissais pas la composition du spectacle. J’ai pensé que, peut-être, il ne se passerait rien d’autre que ces corps couverts d’une combinaison bleue et qui, doucement, formaient et déformaient des tableaux orgiaques. Pour le dire autrement, une partouze au ralenti, voire sans mouvements du tout, privée de ses va-et-vient. La sexualité sans plaisir, sans genre, sans bruit, sans émotion.

A mon grand soulagement, les corps bleus quittent le centre de la scène pour quitter leur seconde peau, se retrouver nus comme des vers et enfiler des baskets blanches. Un grand rideau du même bleu que ces feux combinaisons encadre la scène et crée un contraste violent avec les corps nus. Il est venu le temps de l’orgasme. En chœur les vocalises orgasmiques, techniques, mécaniques, simulées. Pas de quoi m’émouvoir ni aux larmes ni aux rires. Je dois être frigide.

Un autre point me déstabilisait. C’était le silence. Les deux tableaux étaient silencieux, hormis les cris de jouissance imitée, pas de musique. Je voyais le troisième tableau se dessiner et me demandais s’il dérogerait à cette règle qui ne me plaisait pas. J’allais être servie. Du swing ma gueule ! Du bon swing des familles, et c’était partie pour un sprint final à grand pas de lindy hop sur Sing Sing Sing de Benny godman, le pied ! A deux ou en solo, un sourire barrait le visage de chaque danseur. Une énergie incroyable, là, sur scène, devant nous, puis un decrescendo sombre sur un ralentissement des basses, les danseurs collés au premier rang, et de nouveau lumière et danse jusqu’à l’épuisement.

Je pense que c’est cette énergie qui a autant soulevé la foule. C’était du délire dans la salle, hourras, bravos et applaudissements sans fin.

Et pourtant j’étais gênée. J’ai pas vraiment adhéré. Et après réflexion, assez rapidement, je pense savoir pourquoi. C’était la première fois qu’un spectacle de danse me montrait une danse que je danse. Je connais ces pas du lindy hop, sans dire que je suis une pro mais je les connais. Et j’aime cette danse. Parce que c’est la danse de la décomplexion, du je m’en fous, du rire, du partage, de la non prise au sérieux, de la blague, du droit au raté (et il y en a eu), de la fête quoi. C’est pas de la danse contemporaine, qu’on voit sur scène. C’est de la danse de soirée, de groupe, de fête, d’être ensemble, de danser ensemble parce que tout le monde danse. Il n’y a pas un public qui regarde et un groupe de danseurs. C’est le bal. C’est la liberté de prendre la parole, de montrer ce qu’on sait faire, de rire et de danser. En fait, j’ai subi cette dernière partie. J’avais envie d’enlever mes fringues et de les rejoindre et de danser. Nous, spectateurs assis dans le noir en train de regarder la fête. J’étais frustrée.

So, I didn’t come…

Mais après tout, la frustration en matière de sexualité, ça fait partie du jeu, non ?

1 réflexion sur « TO COME OR NOT TO COME »

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