UN ENFANT PLEURE DANS LA BOITE NOIRE

Democracy in America – Roméo Castellucci – MC93

17/10/2017

 

Rang W34. Contre le mur du fond. Contre le mur de gauche.

Je crois que j’ai rarement été aussi loin d’une scène de théâtre.

Vraiment, je ne suis pas bien sûre de ce que j’ai vu.

Déjà parce que je voyais mal.

Ensuite parce que pendant la moitié du spectacle, un écran se dresse entre la scène et la salle, permettant de projeter des mots et de créer une image floue, propre à l’esthétique de Castellucci.

 

Je ne m’attendais à rien et j’attendais beaucoup.

La démocratie en Amérique. Un gros morceau.

Histoire, religion, géopolitique.

 

Roméo Castellucci, dans les couloirs on l’appelle Roméo. On lui parle. C’est notre pote. « Ouais ce soir je vais voir Roméo ». On aime bien aimer Roméo. Sans être obligé.es d’aimer son travail.

 

Bon. Alors. Je vais lui parler.

 

Bah Roméo ! Ah ben tu m’étonnes là Roméo ! T’as une drôle de manière d’aborder la démocratie toi Roméo ! Je suis pas sûre d’avoir compris là, tu parles du langage comme fondement de la démocratie ? Mais Roméo c’est quoi cette scène où elle se met à vomir noir et vociférer des mots indiens, t’as voulu faire un remake de l’Exorciste ? Non mais Roméo, vraiment là, je comprends pas. Je sais que tu essaies de me parler Roméo, mais je ne comprends pas. Roméo Roméo, trouve les mots, les images ne suffisent pas.

 

Et pourtant. Beaucoup d’images, de belles images (paraît-il, moi j’ai rien vu) et quelques mots. Ca suffit pour comprendre. Peut-être pas TOUT comprendre.

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Je vous parle pas de ce que j’ai ressenti : globalement, de l’ennui. Donc : qu’est ce que j’ai gardé de ça, moi ?

 

  1. Une réflexion sur le langage. « Leurs mots ne disent pas nos choses ». La langue comme source d’incompréhension et comme enjeu du pouvoir.
  2. La religion c’est mal, ou comment prêcher une convertie dans une scène beaucoup trop longue.
  3. « Je suis ». Roméo Castellucci ?
  4. La glossolalie : fait de parler ou de prier à haute voix dans une langue ayant l’aspect d’une langue étrangère, inconnue de la personne qui parle, ou dans une suite de syllabes incompréhensibles. (source : Wikipédia ET Roméo Castellucci). J’ai mis un mot sur mon activité principale avec mes copines de primaire. La glossolalie ou l’intellectualisation du yahourt.
  5. Je vais finir par croire que Roméo est fasciné par l’acte d’abandonner un enfant.
  6. Et qu’il est fan d’Eyes Wide Shut. Ou de Mylène.
  7. Mon voisin de gauche a beaucoup dormi. Ma voisine de droite a eu des fous rires à répétition.
  8. Quid de cet objet/tube/animation 3D ( ?) qui se contorsionne dans les airs à la scène finale ?
  9. Les gens étaient complètement blasés en sortant de la salle.

 

Democracy in America m’est finalement apparu comme les pleurs d’un enfant qui cherche à se faire comprendre sans avoir les mots pour dire. Et c’est un peu la question que ça pose. Comment faire pour te comprendre si on ne parle pas les mêmes langages si nos mots ne recouvrent pas les mêmes réalités. Comment comprendre Roméo Castellucci si on ne parle pas les mêmes images.

 

crédit photo Marie Clauzade

3 commentaires

  1. « Trouve les mots les images ne suffisent pas » à moins que ce ne soit tout l’inverse… Les scènes les plus mauvaises étant clairement les deux scènes « jouées » avec des mots, bien trop longues, pseudo-inspirées de tragédie grecque.
    Les mots, en tant qu’histoire narrative, c’est aussi un deuxième gros point noir du spectacle : une femme a vendu sa fille pour des semences et des outils. 2h de spectacle sur ce simple évènement dramaturgique (avec un climax affligeant : la femme sur scène avec d’un côté sa fille et de l’autre une sorte de brouette qui passe 3 min à se tendre d’un vers l’un puis vers l’autre, illustration on ne peut plus littérale de son « dilemme »).
    Bref, on est d’accord sur la couleur de ta critique mais pas sur son orientation. Les mots, justement, était de trop. Roméo s’est brûlé les aile à vouloir faire une histoire et de l’Histoire.
    Pour moi, les images auraient suffit Roméo.
    Et le meilleur exemple de cela, reste l’incroyable scène de chorégraphie de ces femmes en robe rouge, sur laquelle on superpose via un écran une succession des dates en powerpoint… Les mots, font littéralement barrage à l’émotion de la danse.
    Pour moi, les images auraient suffit Roméo.

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    1. Je comprends ton point de vue !!
      Mais je me demande si justement, la longueur dans ces échanges narratifs qui nous font perdre le fil ne sont pas une métaphore de « leurs mots de disent pas nos choses » ou une amplification jusqu’à « les mots de nous disent pas grand chose » ?
      Ca voudrait dire que tout ça est pensé jusqu’au bout, je suis pas sûre que ce soit le cas…

      J'aime

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