BLACKOUT

20.01.18 – 1993 – Julien Gosselin – T2G

Il pleut des petites gouttes entre le métro et le théâtre de Gennevilliers. Les 17 étudiants de ma promo et moi, on suit L. qui connait visiblement le chemin le plus court jusqu’au spectacle de Julien Gosselin qui joue ce soir. 1993. C’est l’année de ma naissance, comme beaucoup de gens. Et c’est le titre de son dernier spectacle.

Après un grignotage, on entre en salle et nos places numérotées nous attendent, au plein centre des gradins.

Je n’avais jamais vu de spectacle de Julien Gosselin, mais beaucoup entendu parler de 2666 et des Particules Elémentaires. En bien, ou moins bien.

La première partie de 45 minutes nous plonge dans le noir. Les acteurs souvent absents, parfois alignés devant des néons blancs, déclament un texte que je ne comprends pas. Une voix off, comme celle d’un début de film d’action, sombre, dramatique comme après l’apocalypse, nous parle de Calais, d’un tunnel, de la fin du monde et use de mots savants que je ne connais pas.

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Je ne comprends pas.

 Je ne comprends pas.

Je voudrais bien, mais je ne comprends pas de quoi on me parle.

 Ca l’air grave en plus mais du coup j’y crois pas une seconde. Ca ressemble à un mauvais scénario de SF et les interludes de musique électronique me fatiguent. Les néons me fatiguent, il ne se passe rien, je ne comprends pas ce qu’on me dit, j’ai mal au crâne, je ferme les yeux. Je ne dors pas, mais je ferme les yeux.

Je les ouvre à nouveau alors que le plateau se met à vivre, les techniciens s’agitent pour placer le nouveau décor et je ressens un profond désespoir en voyant arriver les trois canapés et la table basse qui serviront à recréer le décor d’un faux appartement.

Les acteurs, jusqu’ici absents, prennent vie dans le cliché d’une fête entre jeunes Erasmus excités et drogués, ridiculement assoiffés de sexe et de sensations fortes. J’ai du mal  à comprendre comment un mec de 30 ans peut avoir envie de donner cette vision absurde de la jeunesse, dont il devrait en théorie faire partie mais…

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Un écran géant qui fait la largeur du plateau se dresse au dessus d’eux en symétrie et projette les images filmées en direct par un caméraman. Le plateau offre une vision d’ensemble, assez médiocre mais j’étais sûrement trop loin pour bien voir, alors que l’écran dirige notre regard vers différentes péripéties, souvent à base de cocaïne, bad trip sous acide, vomit, roulage de pelle, faux rapports sexuels… Nos yeux sont clairement orientés vers l’écran pendant toute cette deuxième partie et il me faut lutter pour regarder le plateau. Il faut avouer que l’image est particulièrement réussie, et que je me laisse volontiers porter par la lumière et la lenteur des mouvements de caméra. Pour ce qui est de l’action, je ne comprends pas bien où on va. Visiblement les jeunes Erasmus ne sont pas pleins de gentilles attention, mais je dois attendre le cercle de saluts nazis pour le comprendre. Le spectacle termine au lendemain de la fête, lorsque tout le monde se lève car « c’est le moment » et que capuches noires sur les têtes, il est question de mettre a execution quelque chose. Je me sens vraiment conne parce que je ne sais pas de quoi ça parle

                       une bombe?

                                                                        un attentat?

                                                                                                                       un suicide collectif? 

Je quitte la salle un peu fâchée, avec le sentiment d’être nulle parce que j’ai rien compris. Je me demande pourquoi il ne fait pas du cinéma. Je fume une clope et les petites gouttes ont pris du poil de la bête. Il pleut des cordes.

Je me suis ennuyée à ce spectacle et j’ai pensé à ces gens qui dorment au théâtre. En marchant, je repense à ce livre de Pierre Notte, L’Effort d’être spectateur dans lequel il parle du sommeil et dit :  « Dormir au théâtre, c’est à dire atteindre une confiance absolue en ce qui se passe là, l’accepter au point de se laisser berner volontairement, se laisser saisir jusqu’au sommeil, dans l’inconscient, par la voix des acteurs, se faire promener au point d’en oublier se conscience active, la laisser au repos, et donner aux voix des acteurs le pouvoir d’hypnose. » L’idée de dormir, de se laisser porter de la sorte relève pour moi d’un échec. J’ai du mal à comprendre ceux qui disent avoir adoré une pièce pendant la quelle ils ont dormi, ne serait-ce que 10 minutes.

Encore une chose que je ne comprends pas.

ça commence à faire beaucoup.

Pierre Notte convoque le sommeil comme un acte de contestation.

« Parce que je ne comprends rien ou que je comprends tout, et que j’ouvre ma porte de sortie; moi-même, dans le songe. Parce que j’exige, et c’est la moindre des choses, que ma conscience soit mise à l’épreuve, éveillée, réveillée, provoquée, invitée au travail. » 

Moi j’exige les mêmes choses sauf qu’au lieu de dormir pendant le spectacle,

j’écris un billet après.

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