ROCKEURS DOUCEUR EN ECOSYSTEME BIENVEILLANT

PHILIPPE QUESNE/VIVARIUM STUDIO // LA MÉLANCOLIE DES DRAGONS, L’EFFET DE SERGE, LA DÉMANGEAISON DES AILES // NANTERRE-AMANDIERS

La bienveillance peut-elle être la matière essentielle d’un spectacle ?

Je ne m’étais jamais posé cette question car l’idée est de celles qui ne nous viennent pas à l’esprit naturellement.

Pourtant, c’est ce que je retiens de ces trois oeuvres. Ça, et l’envie de répondre à ma question par : oui et d’ailleurs, merci pour la beauté.

Dans le travail de Philippe Quesne, bien sûr, il y a la scénographie poétique et la simplicité des moyens, la richesse des références et l’invitation à imaginer tout avec rien. Mais ce qui me fait dire la beauté de ce travail, c’est la grande bienveillance du regard posé sur l’humain. Peut-être que s’il parvient à créer des personnages si attendrissants dans leur naïveté, leurs rêves, leurs gestes et leurs mots, c’est sans doute parce que ce ne sont pas des personnages. Au plateau, je vois des personnes. Pas des amateurs sur lesquels il pourrait jeter un faisceau de lumières obscènes qui les aveuglerait et les rendrait fragiles. Des personnes en pleine conscience de leur présence à cet endroit sensible et, les éclairant sans les exposer, qu’il fait exister de la plus belle des manières, pour ce qu’ils sont. Leur présence m’enveloppe et me fascine, comme quand je croise le regard de quelqu’un qui me dit la vérité. Il n’y a pas de place pour le mensonge, pour les fausses réactions ni surtout pour la moquerie.

Ces spectacles nous offrent le temps d’apprécier un échange vrai, un geste qui existe sans aucune autre intention, une parole qui ne cherche qu’à dire. Les images et les références à la fois exigeantes et sans prétention déploient un univers que je ne voudrais pas quitter. C’est un moment où il fait bon être ensemble pour se rappeler les êtres sensibles que nous sommes et que nous oublions bien (trop) souvent, se redire que nos singularités sont belles, grandes et toujours à cultiver.

Ils me rappellent pourquoi je vais au théâtre et pourquoi j’y travaille.

Et bien que je sois une spectatrice frigide, que je n’aime pas qu’on essaye de me faire rire ou pleurer, je dois avouer que la reprise de Still loving you à la flute à bec m’a tiré un fou rire, que j’ai été émerveillée par de la fumée en suspension dans l’air, touchée par les vidéos de gens qui parlent de leurs passions et qu’Isabelle Angotti m’a fait pleurer quand elle danse dans les bulles de savon.

 

Alors, moi qui ai la critique facile et toujours l’impression que mes compliments sonnent faux, j’aligne mes mots comme d’habitude, sans attendre qu’ils soient lus et encore moins qu’ils résonnent ou qu’ils changent le monde, mais en me disant qu’ils feront peut-être rire, plaisir ou donneront envie à certains de prendre le temps de franchir la porte rouge de ce théâtre pour y vivre quelque chose, quoi que ce soit.

1 commentaire

  1. ¶ Pourquoi ces compliments sonneraient-ils faux? Au contraire les réserves souvent exprimées en toute sincérité pour d’autres spectacles leur donnent plus de force. On sent bien de toute façon qu’ils sont écrits sous le coup d’une émotion vraie, et communicative.

    ¶ Pourquoi est-ce si étonnant qu’un spectacle cherche à explorer des émotions comme la bienveillance, la bonté? Une des finalités majeures de l’art, n’est-ce pas de nous laisser entrevoir ce qui est au cœur de la vie des autres, et qu’il est si difficile de communiquer autrement dans ce monde de la séparation généralisée entre les êtres? « Ce sont des choses humaines. »

    ¶ Merci.

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