LAPIDEZ-MOI QU’ON EN FINISSE

STANDING IN TIME – LEMI PONIFASIO

10/07/2017

J’arrive, le tas de pierre, la lapidation, l’immobilité des femmes, les chants, les chœurs. 

Rien ne bouge, à peine leurs lèvres. J’ai l’impression qu’elles ne vont jamais bouger.

Mais elles finissent par se lever. Et elles marchent lentement. Tellement lentement.

Il ne se passe rien que je comprenne. Je n’entends rien que je comprenne.

Aucun sur titrage ne vient traduire les mots chantés.

Cette balle banche jonglée, j’apprends plus tard qu’elle se nomme Poï.

Cette danse de la dame blanche, agressive, menaçante. Haka ?

Une main sur le visage, l’autre tendue tenant la balle blanche. Justice ?

La danse effrénée des gestes répétés. Le quotidien ?

©Audrey Scotto

Puis arrive la mort. Le sang coule sur le visage, venu de nulle part.

Les rites, les cérémonies. Chants et danses macabres.

Rien que je ne comprenne. Mon esprit travaille et imagine tout.

Mais les femmes

Toujours les femmes

Toujours plus fortes

Toujours plus grandes et plus belles

Elles se battent, combattent, résistent.

Mais contre quoi ?

Les victimes de bourreaux invisibles

Les grands absents de la scène

Les oubliés de leur propre crime

Ce crime toujours pas dénoncé

Jamais pris à la racine

Toujours tu

On se tue à nous montrer les femmes qui se battent contre l’injustice, la violence. Comme si elles étaient elles-mêmes la source de cette violence. Aucun homme responsable.

La lumière grandiose participe à développer l’imaginaire entre le néon qui aveugle et le noir qui obscurcit. Les femmes se déplacent dans le noir pour donner à voir ou pour cacher. Leur visage est froid, impassible, inexpressif. Jusqu’au salut.