Malika 68

Ce poème que je désire vous clamer j’lai écrit en mai 68 il décrit comment j’ai vécu nous avons vécu mai 68 à Paris alors qu’à cette époque là vous étiez même pas un XY et comme votre jeunesse me rappelle la nôtre. Hé ben j’vais vous décrire 68 à travers heu mon poème.

Par un beau matin de mai tout ce qui était enfuis en moi tout ce que chacun et chacune de nous supportait à surgit et j’ai vu brandir ton beau visage rouge et mon coeur battait de joie pour te préserver d’l’ennemi acharné nous avons décidé de travailler des jours et des nuits, des jours et des nuits. J’ai vu des trains métros arrêtés, j’ai vu des usines en grève, j’ai vu l’u.ni.ver.sité dans la rue. L’U.niversité dans la rue. J’ai senti naitre cette amitié riche de fraternité et d’humanité. Je dis bien riche de fraternité et d’humanité car de nos jours mes enfants on a du mal à m’croire mais j’les comprends elle est plutôt exposée à l’individualisme moi je le reste je m’en fous. Mais rev’nons à mon rêve de mai 68 et mon poème.

Riche de fraternité et d’humanité, mais l’ennemi qui nous guettait a choisi comme traitre savez-vous mes enfants qu’est ce qu’il a choisi comme traite? Notre propre fatigue ! En transperçant ton beau visage rouge de nouveau la réalité réapparait. Les frontières sont redressées, des camarades expulsés. Pour comprendre nous avons décidé d’aller à ta recherche, à travers les divers chemins entre autre chez l’ouvrier paysan. Car c’est ici qu’tu dors hein et c’est ici qu’tu dois t’réveiller pour ne plus dormir, ne plus mourir, ne plus dormir.

Fin d’mon poème.

Après suite à 68, après certains camarades ont essayé pour comprendre sont partis au Larzac, d’autres ont essayé de prendre contact avec l’univers du monde ouvrier paysan car à cette époque là mes enfants il y avait un tel mur entre l’intellect et l’ouvrier, à tel point que l’intellect il te dit « le manuel n’est rien puisqu’il n’a pas d’tête! » mais est-ce l’intellect puisqu’il s’est posé la question à lui-même, à quoi lui sert sa tête sans ses mains? À quoi sert le savoir d’un chirurgien… sans ses mains. Il a beau bien comprendre, à travers sa tête ce qui faut faire, ce sont ses mains… il ne pourrait jamais l’appliquer et pis pour moi, Paris 8 se sont les cendres de 68 car suite à 68 une université s’était ouverte pour la première fois pas qu’uniquement qu’avec des enfants qui ont pu avoir cette chance d’avoir le livre comme biberon, mais aussi des enfants issus du monde ouvrier paysan et d’ailleurs, mais qui avaient cette même soif d’apprendre. Pis y a plein d’choses à dire suite à 68. Mais mes enfants ce n’est pas parce qu’on a balayé la poussière qu’elle revient pas. Face à notre individualisme égoïsme moi je le reste je m’en fous et aux progrès techniques et scientifiques elle éreinte pour revenir. Mais le jour où on balaye notre égoïsme individualisme on apprend à conjuguer les je de chacun et chacune pour faire de nous un tout non un rien. Pour saisir que notre différence est la nourriture de notre commun. Pour nous aider à retrouver notre humanité et là, face à notre humanité, la poussière elle devient impuissante donc elle ne se nourrit que de notre individualisme égoïsme. Mais face à notre humanité, elle pourra plus revenir. Merci

Tous : bravoooo, merci (applaudissements) 

elle: merci, muchas gracias la prochaine fois je vous ferai un autre poème et ainsi de suite

Moi : vous étiez à Nanterre pendant 68 ?

Elle : non j’étais pas à Nanterre, j’étais à Paris, j’étais vraiment à Paris mais moi j’étais d’un côté ouvrière et d’un côté heu assoiffée d’étudier à côté quoi, à la Sorbonne, et puis avant heuuu et après plus tard quand il y a eu heu l’université qui s’était ouverte à Vincennes, j’ai été aussi là-bas. Maintenant elle est plus à Vincennes, elle est à, à st Denis voilà.

Moi : hm

Elle : Merci bien

Tous : merci madame

Elle : merci à vous

Tous : merci beaucoup, merci

Elle: vous êtes pas obligés hein j’veux dire par là j’vous remercie

Anthony : mais si

Elle: c’était pas, je veux pas que vous réduisiez votre soirée voilà

(rires)

Elle : si vous êtes une maison de production là j’exigerais

(rires)

Moi : vous vous appelez comment?

Elle : Malika moi je m’appelle Malika

Moi : c’est beau Malika

Malika : un drôle de cas et toi comment tu t’appelles ma fille ?

Moi : Noëlla

Malika : Noëlla quand elle est là la vie est là

tous : Haaaa, hoooo haaaaaaa, waaaaa

Assia : La chance !

Laure : merci beaucoup Malika

Malika : merci merci

Laure : c’est toujours un plaisir de vous voir

Malika : merci

 

Laure : J’aime trop cette meuf. Elle trainait toujours à Jaurès quand on était au cours Florent et du coup on la voyait hyper souvent et quand on avait les travaux de fin d’études on présentait des pièces et tout et moi je jouais dans plusieurs projets et on l’avait invité à voir un des trucs elle était venue. Et t’sais on l’avait invité en mode bon…  vas-y elle va jamais venir mais ça nous aurait fait plaisir tu vois et là la meuf est venue ! et genre après on a eu une discussion genre passionnante à la sortie ‘fin… elle est ouf cette meuf. vraiment je.. elle me touche de ouf, bref.

Moi: elle est géniale.

Anthony : le poème est hyper beau tu me l’enverras

Anatolin Libinski – La forêt de Ponary

Moi quand j’avais 11 ans je savais jouer de l’accordéon un peu. J’étais pas un génie de l’instrument mais je savais aligner quelques notes pour donner envie de danser malgré tout ça.

Tu vois, malgré tous les corps qu’on a aligné comme les bûches que tu prépares avant l’hiver pour pas avoir froid et balancer dans le feu.

Tous les jours j’y allais, dans la forêt de Ponary, jouer pour les tueurs de Ponary. Je faisais pas ça pour leurs beaux yeux, quoiqu’ils se vantaient toujours.

Ils picolaient et ensuite l’un d’eux disait regarde ce que j’ai récupéré après l’exécution et il sortait de sa poche plein de montres en or et en argent qui pendaient par des chaines. L’autre montraient les bagues, j’ai arraché leurs doigts et ils riaient. Les dents en or aussi. Je suis pas bien sûr s’ils les prenaient sur les morts où s’ils les arrachaient alors qu’ils étaient encore, si on peut dire, vivants. Et la petite juive l’autre fois avec son petit cul qui me plaisait bien alors je l’ai violé.

Mon âme n’aimait pas leur compagnie mais ils auraient puni mes parents pour mon absence alors j’allais jouer pour eux. J’étais obligé.

J’arrive et ils m’obligent à jouer ils faisaient ça ils riaient de me voir jouer mais ils me frappaient pas. Ils me donnaient à manger et parfois même des bonbons. Une fois il y en a même un qui m’a amené des chaussures parce qu’il a vu que j’étais quasiment pieds-nus il les avait prises sur quelqu’un et me les avait donné. C’est quelque chose de porter les chaussures d’un enfant qui a été abattu et de pas avoir le choix que de les mettre. Ton corps se sent mieux mais ton âme vomit encore un peu plus et il faut continuer de jouer pour donner les quelques pièces à mes parents et survivre.

Ginette Kolinka – La survivante

Mon père ne voulait pas quitter Paris. On habitait un appartement rien de luxueux un appartement. Toutes les lois anti-juives mon père il était d’accord pour les accepter c’est ma soeur qui était très engagée politiquement. Lui, il n’avait pas envie de quitter Paris c’est tout et on était d’accord pour les lois et on se disait qu’on risquait rien. Puis en 42 on entend frapper et un homme de la préfecture se tient dans l’encadrement de notre porte d’entrée. Il vient nous prévenir vous avez été dénoncés communistes. C’est vrai que ma soeur recevait tous les jours des pelletées d’hommes dans sa chambre et j’ai jamais trop fait attention à ce qui s’y passait là dedans mais tous les hommes ils devaient parler politique entre eux et elle nous disait que c’était des amis. Elle avait beaucoup d’amis. En tout cas on a été dénoncés et vous voyez, y a les deux dans un peuple, celui qui dénonce et puis celui qui est venu nous prévenir. Juifs et communistes, à votre place je quitterai Paris.

On a trouvé des faux papiers pour aller en zone libre et on est arrivés à Avignon juste comme ça, on nous a prêté un nom et une maison. On y a vécu un bon moment à se cacher sans en avoir l’impression. Mon père a acheté un certificat comme quoi on est orthodoxes. La belle affaire, acheter et te faire passer pour une religion que tu connais ni d’Eve. Non Avignon était douce la vie était simple et y avait juste le mistral mais si c’était que le mistral, après ça j’ai vu pire que le mistral. Et tout le monde y croit, personne pense qu’on est juifs y a que nous qui le pensons.

Sauf un, je sais plus son nom et on va pas salir sa mémoire il nous a dénoncé on est juifs.

Voilà le 13 mars 44 on est juifs et quand je rentre à la maison près des remparts pour le déjeuner, j’ouvre la porte et mon père fait face à des officiers de la Gestapo habillés en cuir avec des chapeaux. Je les connais ces uniformes.

On vient chercher les juifs.

Vérification de papiers à la prison d’Angoulême.

Ma soeur et moi jurions sur nos grands dieux qu’on était pas juives et on était tellement détendues qu’on a dupé les officiers qui se sont dit, si elles étaient juives elles auraient pas ce comportement. Sauf que y avait pas que ma soeur et moi, y a mon père mon petit frère et mon neveu 12, 14 et 61 ans, qu’ils les ont emmenés dans la cuisine pour les y déculotter. Ils étaient circoncis pour la gestapo c’était une preuve quand on est circoncis c’est qu’on est juifs même si c’est faux d’ailleurs mais y a pas eu à discuter ça veut dire on est juifs. Quand tu te dis ça que ta vie tient à un morceau de peau sur le bout d’un sexe. Immédiatement ils nous on emmenés en prison.

Ma mère était dans une chambre à l’étage, j’ai jamais posé la question si ça leur a suffit d’avoir quatre personnes ou bien s’ils sont montés et en voyant l’état de ma mère qui était très malade ils ont dit ho elle crèvera dans son lit on va pas s’embarrasser d’elle. C’est ce que j’ai cru mais j’ai jamais demandé et j’aurai jamais de réponse.

ROCKEURS DOUCEUR EN ECOSYSTEME BIENVEILLANT

PHILIPPE QUESNE/VIVARIUM STUDIO // LA MÉLANCOLIE DES DRAGONS, L’EFFET DE SERGE, LA DÉMANGEAISON DES AILES // NANTERRE-AMANDIERS

La bienveillance peut-elle être la matière essentielle d’un spectacle ?

Je ne m’étais jamais posé cette question car l’idée est de celles qui ne nous viennent pas à l’esprit naturellement.

Pourtant, c’est ce que je retiens de ces trois oeuvres. Ça, et l’envie de répondre à ma question par : oui et d’ailleurs, merci pour la beauté.

Dans le travail de Philippe Quesne, bien sûr, il y a la scénographie poétique et la simplicité des moyens, la richesse des références et l’invitation à imaginer tout avec rien. Mais ce qui me fait dire la beauté de ce travail, c’est la grande bienveillance du regard posé sur l’humain. Peut-être que s’il parvient à créer des personnages si attendrissants dans leur naïveté, leurs rêves, leurs gestes et leurs mots, c’est sans doute parce que ce ne sont pas des personnages. Au plateau, je vois des personnes. Pas des amateurs sur lesquels il pourrait jeter un faisceau de lumières obscènes qui les aveuglerait et les rendrait fragiles. Des personnes en pleine conscience de leur présence à cet endroit sensible et, les éclairant sans les exposer, qu’il fait exister de la plus belle des manières, pour ce qu’ils sont. Leur présence m’enveloppe et me fascine, comme quand je croise le regard de quelqu’un qui me dit la vérité. Il n’y a pas de place pour le mensonge, pour les fausses réactions ni surtout pour la moquerie.

Ces spectacles nous offrent le temps d’apprécier un échange vrai, un geste qui existe sans aucune autre intention, une parole qui ne cherche qu’à dire. Les images et les références à la fois exigeantes et sans prétention déploient un univers que je ne voudrais pas quitter. C’est un moment où il fait bon être ensemble pour se rappeler les êtres sensibles que nous sommes et que nous oublions bien (trop) souvent, se redire que nos singularités sont belles, grandes et toujours à cultiver.

Ils me rappellent pourquoi je vais au théâtre et pourquoi j’y travaille.

Et bien que je sois une spectatrice frigide, que je n’aime pas qu’on essaye de me faire rire ou pleurer, je dois avouer que la reprise de Still loving you à la flute à bec m’a tiré un fou rire, que j’ai été émerveillée par de la fumée en suspension dans l’air, touchée par les vidéos de gens qui parlent de leurs passions et qu’Isabelle Angotti m’a fait pleurer quand elle danse dans les bulles de savon.

 

Alors, moi qui ai la critique facile et toujours l’impression que mes compliments sonnent faux, j’aligne mes mots comme d’habitude, sans attendre qu’ils soient lus et encore moins qu’ils résonnent ou qu’ils changent le monde, mais en me disant qu’ils feront peut-être rire, plaisir ou donneront envie à certains de prendre le temps de franchir la porte rouge de ce théâtre pour y vivre quelque chose, quoi que ce soit.

DERRIÈRE LA FORÊT LE SOLEIL

21.03.2018 – PLEXUS – AURÉLIEN BORY – LE 104

Ce matin, mon collègue me propose de l’accompagner au CENTQUATRE, voir un spectacle et je réponds oui, comme j’ai décidé de répondre oui au maximum quand l’envie y est. Elle y était, j’ai dis oui, on a pris le RER A puis la ligne 7 jusqu’au CENTQUATRE, parlé de nos vies, de nos familles, des amours et de Felice Varini.

Mes lacets se sont défaits deux ou trois fois avant qu’on entre en salle, au centre du gradin, on papote et la ministre de la culture n’est pas bien loin, quelques rangs plus bas.

Le dispositif scénique n’est pas visible, caché par un grand voile devant lequel se tient une femme.

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Ca commence par la pulsation, le battement du coeur, le rythme cardiaque, le son de la peau et l’asphyxie. Puis elle recule dans le draps noir, se fait aspirer par le tissu de soie, retourne dans le ventre pour se retrouver au coeur du dispositif que mes mots ne decriront pas mieux que ces images.

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Dans cette forêt de fils, la danse est contrainte, lente. Le corps fait avec, lutte, bouge comme il peut, rebondit, se repose, invente, grimpe et se glisse. Le dispositif crée un espace contraignant, un milieu hostile, une cage de laquelle on n’échappe pas, un huit-clos. La création lumière nous fait perdre nos repères, nous racontes des histoires, brouille les pistes et déploie l’imaginaire.

En une heure le répertoire s’essouffle, et moi avec.

Les applaudissements sont nombreux et chaleureux. On sort de la salle et retrouvons deux collègues, on papote, je retourne au métro et refais mes lacets.

VA-ET-VIENT ÉTERNELS EN ABSURDIE

09.02.2018 – ÉTERNEL RETOUR – CLEMENT LAYES – LE MANEGE, REIMS

 

Sandwich dans une main et parapluie dans l’autre, pas le temps de discuter, on file vers Le manège pour le prochain spectacle du Festival Reims Scènes d’Europe.

On arrive, et tous circonspects du spectacle du Blitz Theatre Group qu’on vient de voir, Jason cherche quelqu’un a qui ça a plu et je mange une pomme dans la file vers L’éternel Retour.

J’aime pas ce titre.

Ici aussi, les comédiens sont installés de chaque coté du plateau, mais cette fois ils sont assis bien tranquillement. Ils portent des vêtements pour certains normaux, je vois une enfant, une femme avec une longue robe argentée, une livreuse deliveroo, un touriste, un mec qui porte une combinaison d’animal et des talons blancs.

Au centre, trois panneaux en bois entourent une table, une chaise, un lit et une étagère vide. Ils sont découpés des deux côtés pour créer deux fenêtres et trois portes. Les reconstitutions d’intérieurs c’est pas mon truc, aussi minimalistes soient elles, pour autant je sens que la proposition ne se veut pas réaliste.

Quand la première interprète entre dans le dispositif scénique, elle enchaine quelques gestes absurdes, pose une bouteille de vin, s’esclaffe, pousse la chansonnette. Lorsque la première boucle de gestes est terminée, elle recommence, encore et encore jusqu’à ce qu’une deuxième personne la rejoigne et joue à son tour une partition à la fois tout aussi précise et absurde qui consiste à s’assoir, passer sous la table, dire deux mots à une personne absente, etc. Elles sont en boucle et les autres personnages les rejoignent un à un. À ce moment, je me dis que c’est intéressant et j’espère que l’arrivée de tous les danseurs va finir par créer du sens, du lien entre eux et peut-être même une histoire.

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Mais en fait non. Lorsque tous les personnages sont au plateau, la lumière change, devient verdâtre et la boucle joue trois ou quatre fois. La fille qui parlait à quelqu’un n’a pas trouvé d’interlocuteur et aucun geste ne trouve sa réelle justification, tout est absurde.

Je ne vois que le travail, je pense aux répétitions, je me dis que ça devait être un vrai casse-tête et je ne vois aucun plaisir dans le jeu des acteurs.

D’ailleurs je ne prends moi-même aucun plaisir.

Mon cerveau est emmêlé, je n’arrive pas à me concentrer sur un personnage tant il y a d’actions au plateau, ça grouille et mon regard ne trouve aucun point d’accroche. J’ai mal au crâne et je m’ennuie. Je me dis que ça ressemble à un atelier de théâtre et à une restitution de travail plus qu’à un vrai spectacle. Pas de poésie, pas de danse, pas de musique.

Comme un exercice de style, un outils de travail mais pas un objet artistique en soi.

La beauté pour la beauté, passe encore. Mais le travail pour le travail…

Ha oui et à un moment donné, deux techniciens en noir démontent petit à petit le décor jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien au plateau, sauf les interprètes qui continuent leurs actions. Ca doit sûrement avoir un sens hein… moi j’ai pas saisis.

Après ces deux spectacles insaisissables, mon cerveau fatigué et mes jambes lourdent rentrent se coucher à l’auberge de jeunesse.