Le moi de la poésie

Nous ne connaissons point les pleurs 

Nos âmes sont vides, nos coeurs 

Sont secs comme les feuilles mortes.

Nous allons mendier notre pain

C’est dur d’aller (nous refroidir) aux portes. 

Mais hélas ! lorsque l’on a faim

Il faut manger, coûte que coûte,

Sur la grand’route. hannn l’enfer 

 

L’hiver, d’aucuns de nous iront 

Dormir dans le fossé profond 

Sous la pluie de neige qui tombe.      c’est chiant    

 

J’ai l’impression d’être ridicule dans leurs souliers

dans leurs smoking

dans leur plastron

dans leur faux-col dans leur monocle dans leur melon

J’ai l’impression

d’être ridicule

avec mes orteils

qui ne sont pas faits

pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres

et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe QUOI 

J’ai l’impression d’être ridicule avec mon cou en cheminée d’usine avec ces maux de tête qui cessent chaque fois que je salue quelqu’un

J’ai l’impression d’être ridicule dans leurs salons

dans leurs manières

dans leurs courbettes

dans leur multiple besoin de singeries

 

Non mais ! 

Dans les rayons clairs 

Pour une tente de clarté non. Tu fais pas ça. 

Au-dessus des creux profonds

Arrachés à la nuit Au-dessus des creux profonds 

Hors de la nuit bah non. 

Au dessus des cieux 

Entre les mornes 

Crêtés de rayons clairs

Hors du creux profond de la nuit

Hors du creux noir et mouillé de la nuit. En fait le mec connait trois mots. Il connait creux, nuit et clair. voilà. Et le gars il a fait un poème avec les trois mots qu’il connait non mais c’est bon. Faut un peu arrêter de s’foutre de la gueule du monde. 

 

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; 

J’ai chaud extrême en endurant froidure : quoi ?

La vie m’est et trop molle et trop dure ; 

J’ai grands ennuis entremêlés de joie. Pourquoi tu fais ça putain. 

Tout à un coup je ris et je larmoie, incroyable n’est-ce pas?! *Rires* elle rit ! Et elle pleure à la fois ! C’est génial. 

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;

Mon bien s’en va, et à jamais il dure ; 

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;

Et, quand je pense avoir plus de douleur, 

Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur. Ohlala mais c’est       terrible      elle est amoureuse, après elle est plus amoureuse, après elle est triste, après elle est contente, des fois les deux en même temps.. ça c’est… ça c’est renversant ! 

*chant* tu peux tout manger, j’aime pas ça la pâte de fruit 

Est-ce qu’on va trouver un bon poème hein? Est-ce qu’on va trouver un bon poème ? Prfou ! HA ! Alors celui là il est génial. Ça commence trop bien. Ça s’appelle la fin du monde et c’est très sérieux ok ? prendre corps

Je te flore tu me faune 

non. 

Non mec, non Luca c’est pas possible. 

Je te peau je te porte et te fenêtre tu m’os tu m’océan tu m’audace tu me météorite

Je te clef d’or je t’extraordinaire tu me paroxysme

Tu me paroxysme

et me paradoxe

je te clavecin

tu me silencieusement

tu me miroir

je te montre

Tu me mirage tu m’oasis tu m’oiseau tu m’insecte tu me cataracte    non 

Non tu fais rien de tout ça mec. Han ! Insuuuupportable genre le mec il a trouvé l’idée deeee faire des verbes avec heu des mots en fait. Avec des des.. non mais c’est nul. Han tu me solubles tu m’insolubles naaan je te cuisse je te caresse

je te frissonne nan c’est insupportable hein je te respire

jour et nuit je te respire

je te bouche haaaaan mais quel enfer ! Mais quel enfer dans quel enfer de la poésie ! 

Parce que chaque mot cache une fin du monde alors déjà        non     déjà chaque mot cache pas une fin du monde ‘fin faut s’calmer tu vois genre un mot c’est un mot 

et que l’ombre rend plus vive la lumière       quoi 

la vie belle de sa blessure rouge

flamboie de tristesses éparpillées

Un rouge exubérant à en mourir

un rouge à aimer sans prendre souffle     non mais c’est horrible ! 

Un pétale deux pétales trois pétales

rouge sang rouge vulve rouge Ogou

Tu dérives ma fille, tu dérives et t’emmêles    allez lèche le sang d’mes règles, bois-le à la paille ! 

Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

Absorbent les minéraux et l’amour maternel    gniaaanaganaaiaia ‘tain mais la poésie c’est d’la merde ! ‘tain y a pas une jolie poésie là ? Ya pas un truc sympa à lire putain ? Arthur Rimbaud ! hé! Arthur Rimbaud j’te laisse une chance. 

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.

– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ; Le vent chargé de bruits oh non ! 

Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –

A des parfums de vigne et des parfums de bière…     bon, bon le mec il s’en remet pas d’avoir 17 ans mais bon faut s’calmer quand même 

Holalalala y a que des trucs horribles quoi ! Fouuuu mais pourquoi les poètes ils sont, c’est quoi leur problème ? 

Les nuages sont beaux, blancs les nuages sont blancs, bleus, les nuages sont beaux    non mais sérieux ?!  

immondes, les nuages nagent, les enfants font l’amour, lèvent, soufflent, grandissent, passent, ne reculent pas, se retournent, descendent, les nuages nagent, les nuages volent,    ohlala 

Frères humains, qui après nous vivez, N’ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.    Fouuuu comprends riennnn 

Les lambeaux de notre amour mitigé alors là encore heu quelqu’un qu’a une peine de coeur ils ont tous des problèmes de coeur heu les poètes 

Accrochés aux poutres de mes souvenirs Imprimés en moi éternellement.  Nan mais c’est bon quoi, ils ont pas autre chose à raconter ? 

Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ;

mon âge : l’âge de la pierre. (…)

Ma race : la race tombée. Ma religion …

mais ce n’est pas vous qui la préparerez avec

votre désarmement …

c’est moi avec ma révolte et mes pauvres poings

serrés et ma tête hirsute    pfou ils font des césures t’sais pour faire style ils font des césures en plein milieu des phrases genre hmmm j’vais tous les déstabiliser en mettant des césures là où il ne faut paaas. C’est ça la poésie ? Attend déjà pourquoi tout est en vers là ? Ya pas haaaa là ya un peu de… heuuuu de prose ha mais parce que c’est une adaptation quoi 

Mes gants ! Blancs. A Bloc. Gonflés à bloc. Gonflés… et durs, bordel ! Vos lits d’amour, c’est le champ de bataille. A la guerre comme à l’amour !… Pour les combats, parés !… De toutes vos parures, Messieurs. Ouais bien sûr c’est que des mecs Meeeessieurs c’est que des Meeeessieurs voilà ça m’a soulé 

C’est le fils d’un forestier qui nous a trouvées.

Après dix heures de travail pour éteindre le feu il est passé à côté de nous sur son chemin de retour. Il était déjà depuis deux jours en intervention dans la forêt et il était fatigué.

Depuis quarante et une heures, des pompiers étaient déployés dans la forêt.

Avaient maitrisés le pire. La flamme nue. Mais le feu qui couve n’avait pas encore été vaincu.

Le feu qui couve est un animal silencieux, sournois.

Le travail continuait. 

C’était le soir, dix heures moins dix.

Le ciel était noir. Depuis quarante-huit heures je n’avais pas vu la lumière du jour.  Ça c’est pas mal ! C’est une femme ! Anja. Hilling. J’aime bien. Ça c’est joli. 

Bref 

Ces poètes alors 

Ils adoooorent les métaphores 

Et les comparaisons 

Ça c’est les pires trucs. 

 

PS : j’ai trouvé tous ces beaux poèmes à la fin du questionnaire d’entrée au TNB. Tu peux les trouver et les lire aussi en cliquant sur ce lien. Sinon, leur référence dans l’ordre ci-dessous :

Gaston Couté « Sur la grand’route »

Léon-Gontran Damas « Solde »

Roger Dorsinville « Pour célébrer la terre »

Louise Labé « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie »

Ghérasim Luca « La fin du monde »

Ketty Mars « Dérive en rouge »

Sylvia Plath « Je suis verticale »

Arthur Rimbaud « Roman »

Christophe Tarkos « Pan » (extrait)

François Villon « L’Épitaphe de Villon ou Ballade des pendus »

Nedjmhartine Vincent « Confession »

Aimé Césaire « Et les chiens se taisaient » (adaptation monologue Le Rebelle)

Jean Genet « Les paravents » (adaptation monologue du lieutenant)

Anja Hilling « Tristesse animal noir » (monologue de Miranda)

Les amis, ou pas

moi j’ai besoin d’êtreee seule

j’ai besoin de savoir être seule

ha le mec viens d’me voir en culotte

j’ai besoin de savoir être seule et de savoir me suffire à moi-même

parce queee je peux pas compter sur les autres parce que je sais pas créer des     de rela heu je veux pas avoir des amis je veux pas avoir des amis parce que ffff

je veux pas avoir un groupe d’amis

parce queeee ça engage trop

et puis ça voudrait dire que ils m’connaitraient trop bien

j’préfère que y ait peu de personnes qui sachent vraiment qui j’suis ‘fin comment j’suis

vraiment

du coup

du coup j’ai pas d’amis

voilà

et du coup je je j’essaye deee de de trouver toujours comment je peux heu jongler entre le fait de heu       de pas être heu entourée heu de manière trop proche en même temps d’avoir quand même quelques personnes        des contacts que heuuuu que j’pourrais voir heu éventuellement de temps en temps              sans avoir à trop donner de de moi parce que ‘fin dans l’sens où où sinon je donne tout et

et en même temps heu tu vois heu c’est parce que je si jamais j’ai trop un groupe d’amis heu ‘fin si jamais je commence à    en fait le plus dur c’est de commencer

une relation heu heu sans qu’elle soit liée à du travail ou à une autre activité comme ça commencer une relation avec quelqu’un ou un groupe de quelqu’uns heu c’est c’est c’est c’est compliqué parce queee                    à la fois il faut montrer que t’as envie d’les voir en même temps heu il faut se montrer présente ettt en même temps heu il faut pas avoir l’air d’être toujours en demande parce que sinon à la fin tu finis par passer par la meuf qu’a vraiment pas d’amis et en fait heu les gens ça leur fait pitié du coup ils veulent plus d’toi               du coup en fait tu t’fais rejeter hyper rapidement ‘fin moi j’me sens rejetée hyper rapidement  parce queee en début de relation heu les gens heu ils peuvent pas vouloir de toi tout l’temps quoi y a certains cercles qui peuvent pas s’ouvrir parce que c’est trop tôt tu vois et en même temps heu en même moi ça m’fait chier quoi

                                                  en même temps moi ça m’fait chier 

enfin j’veux dire heu c’est à dire que        moi si je décide que quelqu’un rentre dans ma vie j’le fais rentrer partout et puis j’lui fait tout de suite rencontrer les gens qu’j’aime bon tu vois du coup j’en ai pas voilà donc comme ça au moins c’est vite fait

mais tu vois si si c’était l’cas si j’étais une leadeuse et que j’avais un groupe de potes et que j’décidais que quelqu’un ben j’l’aimais bien j’l’appréciais et je voulais heu que ce soit heu quelqu’un qui rentre dans mon cercle d’amis et de connaissances ben       ben j’sais pas j’le j’le j’l’incrusterais dans mes soirées et

                                      j’ferais en sorte qu’il se fasse pas chier chez lui tout seul

                   ou toute seule

du coup je me sens rejetée heu tout l’temps heu alors c’est pour ça j’aime pas m’faire des amis parce que en fait heu pour te faire des amis il faut passer par des étapes où heuu  genre on veut pas d’toi quoi

non mais attend heu 

c’est quoi c’t’histoire là (expression de mon père)

donc voilà donc du coup j’suis là comme ça chez moi toute seule et heu

et j’essaye d’me convaincre que heu ben c’est pas grave tu vois

et finalement heu j’ai pas besoin heu      pas besoin des autres quoi          c’est stupide parce que bien sûr que si t’as besoin des autres ‘fin tu vois tout le monde a besoin des autres sinon t’es quoi

en même temps c’est moi j’ai décidé de redescendre dans une ville complètement chéper là heu avec personne heu putain pas d’amis quoi pas de potes heu les autres c’est tous des gros cons là j’ai pas envie d’les voir

et les autres il faut creuser creuser creuser heu pour essayer de fff de t’intégrer et tout là putain de merde c’est chiant quoi      tout recommencer à zéro  tout recommencer à zéro putain

                          fait chier

j’en ai marre de tout recommencer à zéro     surtout queee j’vais finir par coucher avec unnn des gars du groupe ça c’est sûr et au final heuu fff

ça finira comme ça finit toujours heu en mode heu ha ben du coup heu t’es plus avec lui donc heu du coup on est plus tes copains allez vas-y va t’faire enculer

on a jamais été copains

DANS LA FILE D’ATTENTE DE LA BPI

Deux jeunes hommes 

-Et là j’vois quoi, en fait j’vois qu’j’avais travaillé mon oral de droit du travail en prenant juste les ten TD, les 10 TD quoi

-Ouais

-Et en gros j’avais pris heu les parties qui correspondent dans le cours et comme ça correspondait généralement à un chapitre et plusieurs sections, tu vois du coup ça m’fait travailler l’essentiel du cours. Tu vois comme ça j’me dis si j’me râte sur la question principale, y a d’fortes chances que la question subsidiaire heuuuu

-Mais sinon en fait moi c’que j’te conseille de faire c’est d’aller sur le site sur la page Facebook d’oral du droit du travail

-Ouais

-Et en fait tout le monde a déposé ses questions

-Ha merde !

-En fait t’as toutes les questions du coup t’as juste à… tu regardes heu..

-Ben tu récupères tout. Non mais en plus en vrai tu vois c’que j’me suis dit c’est j’avais fait ça pour l’oral et les deux questions que j’avais eu mec c’était.. et comme j’avais pas appris ces leçons en gros j’avais fiché mais sans apprendre tu vois j’ai eu 3 et demi j’avais le seum tu vois

-Putain

-Parce que j’me suis dit après putain si t’as l’minimum tu fais un peu plus t’aurais eu 5 tu vois… du coup j’me dis bon, on change pas une équipe qui gagne ! Je recommence.

-C’est ouais c’est chaud mec. Non mais ça va l’faire. J’espère qui vont s’dire qu’on est des tocards et qu’on est là pour la deuxième fois à ces putains d’oraux j’espère qui vont être mec on va passer pour des guignolaux

(Ils rient) 

-Los guignolos !!

-Los guignolos ouais

-putain… et t’as vu c’matin l’Escalator de châtelet il marchait

-Ha oui  ! Ha hier il marchait pas mon gars

-Oh le bonheur !! Le bonheur ! T’sais hier il marchait pas j’fais putain…

-Moi hier il marchait pas y avait au moins 500 marches et y avait un mec avec ses béquilles il regardait

-Oh non le pauvre

-J’ai eu tellement de peine mais j’pense il a du trouver une autre sortie un autre truc pasque…

-Faudrait dire à Marie qu’on est dans la file qu’elle s’tape pas toute la queue…

-Ouais on s’rait arrivés 10 minutes après on s’rait…

-T’as son numéro?

-Non j’ai pas son numéro non.

-Bonjour vous êtes bien sur la messagerie portable de Marie (il rit) veuillez laisser un message.

MIA NONNA

29.07.2018, Nîmes

 

Nonna  : tout le monde, c’est elle, notre… qui nous a fait…

Moi : naître

Nonna : naître !

Moi : la sage femme ?

Nonna : non elle était pas une sage-femme, une vraie. Elle avait, elle savait… c’est tout ! Tout le monde… c’était elle. Ou alors les riches ils allaient à Tunis dans une clinique ou à l’hôpital mais tout le monde, tout le monde est né à Massicault.

Moi : donc toi t’es née à Massicault, mais t’avais déjà

Nonna : le village, il existait pas ! Le village c’était Bordj El Amri

Moi : ha oui ! Il avait pas le nom français Massicault

Nonna : il existait pas ! Quand je suis née c’est, on était, non quand je suis née déjà y avait l’école et tout mais c’est les… mon père il est venu, quand il est venu de Sicile il avait deux ans et Massicault n’existait pas.

Moi : pourquoi il venu, pourquoi il est venu, il est parti de Sicile pour aller en Tunisie?

Nonna : ses parents ils sont venus ! Pas lui

Moi : ha !

Nonna : (elle rit) ses parents !!

Moi : et pourquoi ?

Nonna : mais parce que … y a, en Tunisie ils demandaient beaucoup, y avait heuuu la France elle occupait.

Histoire de France ! (elle rit) La France elle a occupé … La Tunisie

Moi : ouais

Nonna: et y avait, y avait que du désert ! Alors les italiens c’était, ils achetaient ils avaient des p’tits lots de terrain, parce que la France et l’Italie ils étaient associés heu, et ça c’est de l’histoire hein !

Et donc les italiens ils venaient, y avait les écoles italiennes, l’hopital italien, les italiens ils ont fait un hôpital, l’hôpital français, il datait de fffff j’sais pas combien, et les italiens ils ont fait un très bel, très moderne ! Mais moderne moderne moderne ! Après la guerre hein

Moi : hmm

Nonna: donc, pourquoi je parle des hôpitaux, j’en sais rien

Moi : parce que tu me disais pourquoi heu

Nonna : ha oui

Moi : pourquoi tes parents, pourquoi les parents de

Nonna  : oui ! Parce que, pourquoi ? Parce que y avait la misère ! Dans, dans

Moi : en Sicile?

Nonna : dans l’Europe ! En Europe ! En Sicile entre autre.

Moi : donc ils ont décidé de partir de la Sicile pour s’installer

Nonna : Mon père ! Mon père il est venu tout seul. Le père de mon père.

Moi : et il s’est marié avec une tunisienne?

Nonna : non ! Il était marié il a laissé sa femme et ses enfants, mon père il est né en Sicile. À Marsala.

Moi : attends j’comprends pas. Tes arrières grands parents ils ont emmené ton grand père en sicile? .. en Tunisie?

Nonna : non, c’est mon grand père qui est venu en Tunisie. Le père de mon père.

Moi : ok. Et donc ton père, il est né en Tunisie

Nonna: non ! Il est venu à l’âge de 2 ans, lui il est venu tout seul il a trouvé du boulot après il a fait venir sa femme et ses enfants.

Moi : ok. Et toi quand t’es née t’avais déjà des frères et soeurs ?

Nonna : non j’suis l’ainée de la famille.

Moi : ha bon ?!

Nonna: oui

Moi : t’es la plus grande?

Nonna : la plus vieille.

Moi : ha ouais… donc après t’as eu… c’est qui après?

Nonna : heu Margot !

Moi : ouais

Nonna : Pierre, Pierrot ! Et Yolande.

Moi : ok. Et eux ils sont tous nés à Massicault?

Nonna : tous à Massicault. Non mon frère il est né à ! alors, mon frère il est né à l’hopital italien de Tunis

Moi : ha et c’est pour ça qu’il a.. le… la nationalité italienne ?

Nonna : non il est… oui ! Voilà il est, on était italiens !

Moi : ha vous étiez italiens

Nonna : y a que moi qui suis française

Moi : et toi pourquoi t’es française?

Nonna : parce que je suis mariée à

Alors je vais te dire pourquoi je suis française !

(on rit)

Une ! Je me suis mariée, mon mari est français, naturalisé… ensuite, je me suis mariée, je suis venue habiter en France et j’en avais marre d’entendre, les français ils n’aimaient pas les italiens et les siciliens. Ils disaient « sales siciliens »

Moi : ha ouais?

Nonna : en France, en Tunisie y avait du racisme hein ! Tu vois, alors, j’ai dit : je veux devenir française ! Comme ça mes enfants ils naissent en France, ils seront français ! (elle rit)

je te jure hein ! J’ai toujours pensé ça ! et… donc quand je me suis mariée au consulat d’Italie, parce que j’étais italienne

Moi : ouais. Donc en France

Nonna : non attends je me suis mariée au consulat d’Italie

Moi : mais où ?

Nonna : ben en Tunisie !

Moi : ha ! Ha ouais ok

Nonna : et le lendemain, ou je sais plus… ou c’était le lendemain de noël, le lundi le jour après le jour de l’an. On s’est mariés à la mairie, pas la mairie y a pas de mairie là-bas c’était à la municipalité. C’était fff comme la mairie quoi, à Tunis. Comme on n’était pas, on avait pas la même nationalité alors moi j’étais

Moi : ha bon ?!

Nonna : J’étais italienne, je viens de te dire

Moi : mais lui il était…

Nonna : Nonno il était, il s’était fait naturaliser avant, tout seul, célibataire quoi. Ça fait que moi j’ai pris la nationalité j’ai dit comme ça j’arrive en France, je suis française, et si j’ai des enfants ils sont français.  (elle rit)

Moi : ouais. Et du coup le racisme anti siciliens et italiens toi tu l’as ressenti quand, parce que du coup quand t’es arrivée en France en vrai t’étais française

Nonna: j’étais.. ha ben en France heu…

Moi : donc c’était où que t’entendais dire … les italiens…

Nonna : ben en Tunisie !

Moi : ha en Tunisie !

Nonna : les français n’aimaient pas les italiens.

Moi : en Tunisie, les français, n’aimaient pas les siciliens !

Nonna : non.

Moi : pourquoi ?

Nonna : ben je sais pas ! Fff c’est comme ça c’était pas… j’peux pas te l’expliquer, c’est un truc, c’est comme ici (elle parle bas) on aime pas les noirs ou les arabes

Moi : ouais

Nonna : voilà ! Pas tout à fait la même chose mais

Moi : ouais c’est du racisme quoi de toute façon c’est un peu tous les mêmes

Nonna : oui

Moi : ok. Et donc toi tu t’es mariée avec Nonno

Nonna: oui et j’ai demandé la nationalité, d’être française

Moi : ouais et après t’es partie alors?

Nonna : alors je suis restée pendant, ben oui ! Je me suis mariée un mois après on est partis ! Et je suis restée 6 mois avec la carte d’identité que j’avais en Tunisie on avait la carte d’identité c’était, ça s’appelait carte d’étranger, la carte d’étrangère. J’étais étrangère là ou je suis née. Et quand je suis arrivée en France, j’étais toujours étrangère ! (elle rit)

Moi : ha t’étais étrangère partout en fait.

Nonna : oui. Mais je demande et je me suis mariée avec un français mais il fallait attendre 6 mois, au bout de 6 mois j’ai eu un papier, je sais plus, j’ai du passer par l’ambassade le.. le truc italien là comment c’est pas l’ambassade, c’est le… ff le ministère j’sais plus, d’Italie

Moi : ouais

Nonna : et, j’ai fait la demande et heu et ils ont accepté tout de suite

Moi : ouais, et vous vous êtes installés où ?

Nonna : aïe aïe aïe mon dieu

(on rit)

Moi : aïe aïe aïe mon dieu

Nonna: alors, en arrivant de Tunis, heu on est allés pendant un mois chez des amis, alors c’est à dire le mari, Chapuis il s’appelait c’était un copain de Nonno, de célibataire, du, ils habitaient au Bardo Saint Henri, tu connais pas c’est un joli coin y a le musée de tu sais pas un musée

Moi : St Henri?

Nonna : Bardo St Henri oui. Eux ils habitaient à St Henri c’était le Bardot c’est un lieu touristique. Y a un musée qui date heu voilà. Qu’est-ce que je raconte, ha oui pourquoi

Moi : vous vous êtes installés avec, chez, un mois vous avez été chez des amis

Nonna : c’est ça chez des amis ! Après on est allés à l’hôtel, pendant presque un an.

Moi : ha ouais ?! Un an à l’hôtel ?

Nonna : non. Peut-être 6 ou 7 mois et après on est allés à Suresnes, tu connais Paris ? Le bois de Boulogne

L’infirmier : bonsoir

Nonna : bonsoir

Moi : bonsoir !

L’infirmier : Madame Bugni vous mangez en salle à manger ce soir ?

Nonna : oui oui je descends ! C’est à quelle heure?

L’infirmier : c’est, ça va être maintenant là, on commence à servir la soupe

Nonna : c’est pas possible !

Moi : ha mince !

L’infirmier : hé si…

Moi : bon ben vas-y va manger hein, je vais revenir hein

L’infirmier : bon, vous avez dix minutes sinon mais sinon on vous sert le repas ici

Nonna : ha j’préfère que vous le montiez ce soir, s’il vous plait

L’infirmier : oui y a pas de problème ! On va vous le monter !

Nonna : allé ! Ils sont sympas… ils sont sympas ! (elle rit) 

Moi : bon donc vous êtes arrivés à Suresnes !

Nonna : alors heu qu’es ce qu’on ha oui, alors y avait avec Nonno on était donc chez des amis han ha j’aimais pas ! J’suis arrivée tout de suite en France, le 29 janvier, le 16 février, le jour de mon anniversaire je travaillais !

Moi : ouais, et tu travaillais où ?

Nonna : j’étais vendeuse-retoucheuse dans un magasin de prêt-à-porter

Moi : et c’était dans Paris?

Nonna : oui dans le 17ème, dans les beaux quartiers, on habitait tout de suite beau bien. On a eu de la chance.

Moi : et lui il a trouvé du travail aussi?

Nonna : il a avait déjà été en France ! Il était

Moi : et il travaillait où lui ?

Nonna : heu il travaillait dans Paris, oui c’était dans Paris oui, après il a changé de, de d’employeur parce qu’il travaillait pas le samedi là où il était et là il a trouvé un poste, il est resté jusqu’à la retraite !

Moi : ha ouais !

Nonna : son patron il l’a gardé, ben il était Nonno c’est un spécialiste hein ! C’était un, il a travaillé pour le baron, ‘fin, pour l’Elysée, et pour Madame heu j’sais plus qui ohlala, tu vois il a fait pour la femme de… j’sais plus qui sur mesure enfin sur commande, un petit meuble pour mettre ses bijoux en… le bois le plus cher du monde c’est quoi ? Holala

Moi : j’sais pas l’ébène?

Nonna : l’ébène ! En ébène !

Moi : et d’ailleurs

Nonna : et l’ébène ! Il avait jamais travaillé parce que il se casse

Moi : ha ouais, c’est fragile

Nonna : c’est fragile hé ben les gens ils sont venus le voir les, les spécialistes ils sont venus, félicitations, le patron il lui a même pas fait un cadeau. Il était unique c’était pour madame, c’était madame heu attend, il était belge lui, ou elle elle était belge et lui français un truc comme ça

Moi : ouais

Nonna : il a fait des belles choses

Moi : et à la maison là chez toi y a des meubles que lui il a fait ?

Nonna : oui la table de la télé, et le la table de …

Moi : la table basse ?

Nonna ! La table ! Devant le divan là la table

Moi : la table basse quoi

Nonna : la table basse oui c’est Nonno qui l’a fait !

L’infirmier : hop je vous pose ça ici

Nonna : ouh mais moi j’suis… fouillie toujours hein

L’infirmier : c’est pas grave

Nonna : toujours toujours toujours fouillie toujours

L’infirmier : hop ! Est-ce que vous voulez de la soupe?

Nonna : offf qu’est qu’y a, ça dépend qu’est-ce qu’y a.

L’infirmier :  c’est un oeuf au plat.

Nonna : et là qu’est-ce qu’y a, olala oh mon dieu c’est

L’infirmier :  c’est un oeuf au plat.

(elle rit)

L’infirmier :  vous voulez de la soupe?

Nonna : ho je vais en prendre un petit peu parce que je sais pas si je vais manger ça

L’infirmier : allé y a pas de soucis

Nonna : holala… ma serviette qu’est-ce qu’elle est, elle est où ma serviette ?

L’infirmier : vous avez une serviette ?

Nonna : si si j’ai… je sais pas si je l’ai laissé là bas bon je vais en prendre une autre

L’infirmier : hé voilà tenez !

Nonna : merciii ! Comme ils ont gentils là

L’infirmier : bon appétit !!

Nonna : merciiii !

Bon alors voilà. Pfouuu qu’est-ce que c’est c’est des oeufs au plat ? Ils sont pas dans la poêle hein ! (on rit) 

Moi : ils sont dans une barquette

(on rit) 

Nonna : ils sont cuits comment alors hein

Moi : j’sais pas !

Nonna : dans un micro onde hein

Moi : franchement je sais pas…

Nonna : c’est au micro onde ça !

Moi : ben je pense..

Nonna : mais c’est brulant là.. regarde

Moi : ha ouais ouais attends un peu !

Nonna : c’est au micro onde hein. Le sel et le poivre il est où ? Ma y a y en pas aujourd’hui  d’habitude y a toujours du sel et du poivre, mon dieu seigneur, allé hop bon tu veux, je t’invite ? Tu veux manger avec moi ?

Moi : non non, mange, tu veux que je te laisse manger tranquillement, tu finiras de me raconter tout ça

Nonna : comment?

Moi : tu finiras de me raconter après tu raconteras Gilles et Olivier quand même

Nonna : ho bé Gilles et Olivier c’est leur.. je sais pas Gilles et Olivier..

Moi : quoi (je ris) c’est quoi leur affaire ?

Nonna : Olivier ? Olivier

Moi : c’est lequel le premier?

Nonna : je vais te raconter, c’est Olivier ! Je vais te faire rire parce qu’Olivier, quand il entendait là ses copains, ha ben non tu les connais pas j’allais dire, si tu les as peut-être connu

Moi : Jean-Marc et tout ?

Nonna : Jean-Marc oui !

Moi : ouais

Nonna : il disait toujours heu ho l’imbécile ho il a une copine. Je parle pas de Jean-Marc, mais les autres fff lui ! Il se moquait de tous ceux qui avait une copine !

Moi : ha ouais. Lui il en avait pas?

Nonna: non il avait pas de copine.

Moi : ha bon ?

Nonna : et quand il a vu ta mère c’était la celle-là, voilà

Moi : la première

Nonna : ho bé là non ! Il avait des petites copines quand il avait 15 16 ans tu vois… c’est tout.

Moi : hé ben

Nonna : voilà il voulait pas de copine !

Moi : mais il me l’avait dit

Nonna : non, il l’avait dit?

Moi : ben moi il m’avait dit que… qu’il avait jamais vécu avec quelqu’un heu

Nonna : ha non non !

Moi : une relation un peu sérieuse avant ma mère

Nonna : ha non non c’est vrai ! C’est pas là… ha ba tu vois il t’a dit la vérité

Moi : et toi tu pensais quoi de ça ?

Nonna : quoi ?

Moi : comme il avait pas de copine tu t’es pas dit heuuu

Nonna : pf ben il avait des copines de classe, tu vois mais moi je.. à ce moment là on était pas, c’est pas comme maintenant hein je sais pas

Moi : c’est à dire?

Nonna : je sais pas, je savais pas s’il avait une copine heuuu

Moi : ouais ha il te disait pas

Nonna : non ! Il avait

Moi : bon en tout cas il te ramenait pas de copines à la maison quoi

Nonna : ha non non. Pas de copines. ha! regarde !

Moi : haaaan !!

Nonna : j’aime ça le..

Moi : c’est bon les oeufs en plus

Nonna : oui !! Y a pas de sel…

Moi : tu veux que je demande du sel? Vas-y je vais leur demander.

Nonna : holalalalala l’oeuf sans sel c’est pas bon hein… haaan mon dieu les pâtes dans la soupe…

pfff

C’est le dernier jour là? non? Merci !

Moi : le dernier jour de quoi ?

Nonna : le tour de france non ?

Moi : je sais pas…

Et du coup il était comment, Olivier quand il était petit?

Nonna : comment il était ? Quoi il était bien, normal (elle rit) 

Moi : toi t’as toujours voulu avoir des enfants ?

Genre quand t’avais 16ans, 20 ans…

Nonna : ha non je pensais pas à ça.

Moi : tu pensais pas à faire des enfants

Nonna : mais je voulais avoir des enfants !

Moi : ha tu savais que tu voulais avoir des enfants

Nonna : ha oui oui oui

Moi : avec Nonno quoi. Et lui il voulait des enfants aussi ?

Nonna :  ouais il voulait une fille !

Moi : ha ! Ha oui tu m’avais dit ! Tu m’avais dit il aurait voulu avoir une fille et que du coup quand je suis née il était content parce que j’étais une fille.

Nonna : haaaaa lalalala ! Je sais pas si ta mère elle te l’a dit

Moi : non

Nonna : il allait tous les jours te voir

Moi : ha ouais ?

Nonna : ouais ! Hmm le soir il allait

Moi : et c’est quand qu’il a commencé vraiment à être sourd? Il a toujours été vraiment sourd?

Nonna : non. Comme Olivier maintenant vers la cinquantaine. C’est de famille hein mais ça vient tard ! Tu vois ça vient pas.. c’est pas à la naissance quoi

Moi : ouais. Ça va ces oeufs?

Tu les as mangé quand même?

Nonna : j’ai mangé le jaune.

(on rit)

Moi : aïe aïe aïe

Nonna : ce qui me manque c’est ha non mais le vin le soir j’en prends pas. J’aime bien c’est quoi ça hooo  y a des pâtes là.. j’en veux pas.

Moi : quelles pâtes?

Nonna : là, dans la soupe.

Moi : ho c’est bon ! Tu te rappelles quand j’étais petite tu me faisais

Nonna : hm

Moi : des nouilles. Avec l’alphabet.

Nonna : oui oui

Moi : bon je vais aller travailler peut-être

Nonna : où?

Moi : où ben dans la maison, à Uzès

Nonna : ha mais je croyais que t’allais travailler…

Moi : non non ! Mon mémoire, tu sais mon devoir là

Nonna : là ce soir?

Moi : ouais ouais…

Nonna : et qu’est-ce que t’as fait toute la journée ?!

Moi : ben tu sais la journée il fait super chaud du coup j’arrive pas à travailler, je dors je fais des sieste, je dessine

Nonna : bé c’est bien !

Moi : et le soir tu vois vers 19h il commence à faire un peu frais

Nonna : et tu te sens

Moi : et du coup je peux travailler

Nonna : et t’as envie de..? T’es pas fatiguée?

Moi : ben non, ben non parce que toute la journée j’ai dormi ou je me suis reposée donc tu vois

Nonna : y a personne qui vient te voir? Tes copines ?

Moi : heu si j’ai vu Eugénie un petit peu ! J’ai vu un copain !

Nonna : mais je les connais pas alors tu me dis pas…

Moi : non tu les connais pas, en plus ça même moi ça, c’est un, j’ai vu un garçon que je venais juste de rencontrer donc heu, il s’appelle David.

Nonna : ha oui

Moi : et heu..

nonna: et tu l’as invité

Moi : je l’ai vu deux fois ouais. Il est venu. Il est super sympa !

Nonna : et tu l’as connu où ?

Moi : très intéressant. Sur un site internet

Nonna : ha ! Holaaa

Moi : de rencontre quoi tu sais

Nonna : mais il habite où?

Moi : heu ben lui en fait il habite à Oxford, en Angleterre

Nonna : pfff

(on rit)

Moi :  et ses grands-parents ils habitent à St Quentin la poterie

Nonna : hmmmm!

Moi : donc du coup ben il était là quoi

Nonna : c’est un français alors !

Moi : ouais ouais !

Nonna : haaaa d’accord. Ben oui c’est bien !

Moi : ben ouais c’est bien

Nonna : t’as des nouvelles de la famille?

Moi : de laquelle, de des parents?

Nonna : tes parents tout ça

Moi : ben tu sais ils sont en… Mahéva elle est en Thailande avec Carmen et Bertrand et

Nonna : ça y est ils sont partis

Moi : ouais ouais je t’ai montré les photos. Et… les parents ils sont en Sicile avec heu Antoine et Nina et Jessie

Nonna : ils sont pas restés longtemps ailleurs hein ils sont allés directement à Marsala.

Moi : ils sont restés trois jours à Palerme je crois

Nonna : trois jours?!

Moi : ouais je crois

nonna: quand j’ai appelé ils étaient déjà là-bas, en Sicile. Ici il fait aussi chaud que là-bas, 36.

Et t’es toute seule alors?

T’A/ES UNE TACHE

J’ai jamais trop compris les gens qui s’inquiètent ou s’énervent pour une tache sur un vêtement, une marque sur le corps.

Petite j’ai été opérée d’une hernie et plus tard de l’appendicite. J’ai 8 cicatrices sur le ventre. J’ai jamais trop cherché à les cacher. C’est juste comme ça.

A 23 ans j’ai eu un accident de voiture et mon avant-bras était brulé. Tout le monde me conseillait, met du cicatryl, met telle crème, évite le soleil… Dans l’esprit des gens, il fallait que cette marque disparaisse, qu’elle ne brunisse pas. Peut-être pour oublier.

Ensuite j’ai eu un percing au nez. Il a mal cicatrisé et j’ai du le faire arracher. Ça a fait terriblement mal. Encore on m’a donné les mêmes conseils pour cacher la marque.

Tous les jours c’est « attention tu as taché ton tee-shirt, attention t’as vu tes chaussures !? »

Un jour, je portais un pantalon que j’avais acheté taché, comme ça. C’était mal fait, on avait pas l’impression que je l’avait acheté comme ça, mais plutôt que je m’étais roulée dans des fiantes de pigeon. Mais je l’aimais bien. Je sens qu’on me tape sur l’épaule, une jeune fille veut me parler, je retire mes écouteurs et elle me dit attention votre pantalon est taché. Je lui ai répondu qu’il était comme ça et je lui ai souhaité une belle journée après l’avoir remercié.

Mais en fait c’est ça. On vit des choses, on fait des choses et ça laisse des traces. Sinon on fait rien. Ma mère a le don de se tacher quand elle mange. On sait pas comment elle fout. C’est toujours la blague du dîner, elle se tache et elle pousse un râle d’épuisement d’elle-même. Elle passe un coup de sopalin et on passe à autre chose. Parce que c’est pas grave.

Au moment de mon accident de voiture, je vivais chez mon ex, chez ses parents. Sa mère avait eu un accident grave, l’usine de feux d’artifices dans laquelle elle travaillait avait explosé. Après le coma, des années d’hôpital, de soins, de greffes, son corps est recouvert de cicatrices, de la tête au pied. On ne peut pas ne pas le voir. Et elle est belle, recouverte de ses marques qui racontent quelque chose de son histoire.

J’aime les gens tachés, marqués, dont le corps est passé par quelque part. Des mains de travailleur.euse;  taches de naissance, taches de vin sur le visage, taches de rousseur, acné, non maquillée, marques avec lesquelles il faut faire, accepter le regard des gens curieux ou malveillants ; les corps tatoués d’histoires, de souvenirs, de codes, de mots que tu ne peux pas comprendre ; les corps blessés, en reconstruction ; les corps non genrés, en transformation, en étape, en cours de changement; les habits tachés par le travail ou la maladresse, par la transpiration, la terre, le vin, parce qu’ils habitent un corps qui vit.

Et j’aime me tacher, tacher mon corps ou mes vêtements, qu’ils vivent et que je sois pas complexée de vivre.

Et bien sûr, évidemment, j’aime le désordre, ranger pour mieux remettre mon bazar. Les gens qui s’attachent à faire ressembler leur intérieur à un appartement témoin IKEA me font peur. J’aime quand il y a des miettes qui se collent à mes pieds nus, oui (désolée papa) j’aime aussi marcher pieds nus chez moi ;  j’aime quand mes draps sont tachés de sang et de sperme séchés et dormir dedans et m’en foutre ;  j’aime passer 5 minutes tous les matins à retourner ma chambre pour y trouver une chaussette dépareillée, un sac ou ma carte navigo et que ça me mette en retard mais c’est pas grave ; j’aime laisser ma vaisselle sale dans l’évier et la faire quand j’ai plus rien pour manger ou simplement que j’ai le temps ; j’aime que les choses ne soient pas à la place qu’on leur donne, mon paquet de rasoirs sur le bureau et mon tas de culottes sur une chaise ; j’aime laisser trainer mes fringues sur le sol ; tout ce qui doit faire de moi ce que les gens bien aiment appeler une « bordélique » parce que tout ça c’est pas bien vu dans la société de l’ordre en marche cf. Emmanuel Macron. Mais je te vois tu me juges je sais tu te dis ha c’est sale berk berk, c’est ma liberté crasse.