On se connait?

Je passe mon temps à essayer de m’aimer moi-même.

Tous les jours, je me forge une estime de moi. Quand je ne fais rien, que je n’écris pas, que je travaille mal, que je maltraite ma peau, que je déconne grave, que je mange mal, que je fume une clope, que je mange trop gras, trop sucré, trop salé, quand je n’appelle pas ma grand-mère, que je ne fais pas mes papiers, que je ne suis pas à l’heure, que je suis trop exigeante, que je suis trop en avance, quand je remets à demain, que je ne tiens pas une promesse, que je pense à mon ex, que je bois pas assez d’eau, que je ne fais pas de sport, que je me maquille, que je mets trop longtemps à choisir mes fringues, que je suis pas assez exigeante, que je suis pas assez souriante, que j’ai des pensées déplacées, que j’ouvre trop ma gueule, que je dépense trop d’argent, que je paye mon loyer en retard, que j’oublie quelque chose, que je fais une boulette, que je range pas assez, que je relis mes anciens articles et que je les trouve nuls, que je perds quelque chose, que je me lève trop tard : je baisse dans mon estime.

Je cherche constamment l’équilibre entre « à quel point suis-je une grosse merde? » et « à quel point suis-je géniale? ». Assise bien confort au fond de mon lit, mes yeux se promènent dans ma chambre et mon esprit sonde maladivement mes bons et mes mauvais points du jour, de la semaine, du mois ou de l’année, jusqu’à trouver l’osmose, le juste équilibre du bien et du mal, de la réussite, mais pas trop, du foirage mais pas trop grave.

C’est ce qui fait de moi, selon moi, une personne moyenne.

Pas extrêmement brillante, même si ça énervait mes profs qui aimaient croire en mes « capacités » quand il s’agissait de remplir la colonnes commentaire de mes bulletins. Pas extrêmement médiocre, parce que je veux bien m’en sortir quand même. Pas extrêmement classique ni extrêmement excentrique, parce que j’aime qu’on me remarque mais j’aime aussi passer partout. Pas extrêmement belle mais ça on m’a pas vraiment laissé le choix. Pas extrêmement gentille ni extrêmement méchante. Faussement naïve, j’ai toujours préféré que les gens me pensent plus bête que ce que je suis. On se protège comme on peut.

 

Le moi d’octobre

J’aime tester les pizzas quatre fromages de toutes les pizzerias.

J’aime l’odeur du souffre. Les gens disent que ça sent l’oeuf pourri alors que ça sent les algues qui sèchent au soleil contre les pierres au bord de la mer de Sicile.

J’aime dire des gens qu’ils sont beaux.

J’aime la pluie fine de Paris et marcher dessous.

J’aime me mordre l’intérieur des joues.

J’aime la vue de mon sang.

J’aime les rencards au cinéma et voir la lumière du film sur le visage de mon rencard.

J’aime mon pays comment peux-tu en douter, j’aime aussi le seigneur car il pardonnera mes pêchés.

J’aime les filles.

J’aime me raser le crâne.

J’aime regarder la lumière.

J’aime marcher sans aller nulle part.

J’aime m’habiller et me déshabiller.

J’aime tomber amoureuse.

J’aime les sons de la vie.

J’aime la barba à papa et les fêtes foraines, et l’une sans l’autre.

J’aime changer de sujet de manière improbable dans une conversation.

J’aime les bougies mais j’en achète pas parce que je trouve ça trop éphémère et à 50€ la bougie ça vaut pas le coup.

J’aime boire un verre de Marsala ou de Bailey’s caramel en rentrant du travail.

J’aime me sentir libre et j’y travaille.

J’aime danser le Lindy Hop et danser tout court.

J’aime ma famille et non, c’est pas une chose évidente.

J’aime écrire dans un carnet et j’aime chercher ma calligraphie.

J’aime me chercher et m’échapper toujours.

J’aime m’assurer du temps qui passe.

 

 

 

 

NOUVEAU MOI DE SEPTEMBRE

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On change hein. Ca fait mal au cul mais on change.

Mais il reste bien quelque chose. Cherche bien. Un truc dans le regard qu’a pas changé. J’ai l’air nostalgique non?

Ma bouche. Regarde bien ma bouche, si tu vois bien on pourrait croire un copié collé.

Alors il reste ma bouche. C’est vrai que j’ai jamais trop su la fermer.

Pas comme sur la photo. Du coup.

En vrai j’ai toujours un truc à dire. Quelque chose à rajouter. Une réflexion. Une réaction.

Je réagis trop hein. « Ne réagis pas » on me dit. Mais je sais pas faire ça.

Je suis en réaction. Tout le temps. Pour tout.

Ce que disent les gens; ce qu’ils font; dans la rue, au supermarché, au théâtre, au boulot; ce qu’il y a dans les films ; ce que je vois, une lumière un son; ce qu’on me dit quand on ne me parle pas; ce qu’on ne me dit pas quand tout me parle.

Réaction partout tout le temps.

Sinon j’aurai rien à écrire.