Le moi de la poésie

Nous ne connaissons point les pleurs 

Nos âmes sont vides, nos coeurs 

Sont secs comme les feuilles mortes.

Nous allons mendier notre pain

C’est dur d’aller (nous refroidir) aux portes. 

Mais hélas ! lorsque l’on a faim

Il faut manger, coûte que coûte,

Sur la grand’route. hannn l’enfer 

 

L’hiver, d’aucuns de nous iront 

Dormir dans le fossé profond 

Sous la pluie de neige qui tombe.      c’est chiant    

 

J’ai l’impression d’être ridicule dans leurs souliers

dans leurs smoking

dans leur plastron

dans leur faux-col dans leur monocle dans leur melon

J’ai l’impression

d’être ridicule

avec mes orteils

qui ne sont pas faits

pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres

et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe QUOI 

J’ai l’impression d’être ridicule avec mon cou en cheminée d’usine avec ces maux de tête qui cessent chaque fois que je salue quelqu’un

J’ai l’impression d’être ridicule dans leurs salons

dans leurs manières

dans leurs courbettes

dans leur multiple besoin de singeries

 

Non mais ! 

Dans les rayons clairs 

Pour une tente de clarté non. Tu fais pas ça. 

Au-dessus des creux profonds

Arrachés à la nuit Au-dessus des creux profonds 

Hors de la nuit bah non. 

Au dessus des cieux 

Entre les mornes 

Crêtés de rayons clairs

Hors du creux profond de la nuit

Hors du creux noir et mouillé de la nuit. En fait le mec connait trois mots. Il connait creux, nuit et clair. voilà. Et le gars il a fait un poème avec les trois mots qu’il connait non mais c’est bon. Faut un peu arrêter de s’foutre de la gueule du monde. 

 

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; 

J’ai chaud extrême en endurant froidure : quoi ?

La vie m’est et trop molle et trop dure ; 

J’ai grands ennuis entremêlés de joie. Pourquoi tu fais ça putain. 

Tout à un coup je ris et je larmoie, incroyable n’est-ce pas?! *Rires* elle rit ! Et elle pleure à la fois ! C’est génial. 

Tout à un coup je ris et je larmoie,

Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;

Mon bien s’en va, et à jamais il dure ; 

Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;

Et, quand je pense avoir plus de douleur, 

Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,

Et être au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur. Ohlala mais c’est       terrible      elle est amoureuse, après elle est plus amoureuse, après elle est triste, après elle est contente, des fois les deux en même temps.. ça c’est… ça c’est renversant ! 

*chant* tu peux tout manger, j’aime pas ça la pâte de fruit 

Est-ce qu’on va trouver un bon poème hein? Est-ce qu’on va trouver un bon poème ? Prfou ! HA ! Alors celui là il est génial. Ça commence trop bien. Ça s’appelle la fin du monde et c’est très sérieux ok ? prendre corps

Je te flore tu me faune 

non. 

Non mec, non Luca c’est pas possible. 

Je te peau je te porte et te fenêtre tu m’os tu m’océan tu m’audace tu me météorite

Je te clef d’or je t’extraordinaire tu me paroxysme

Tu me paroxysme

et me paradoxe

je te clavecin

tu me silencieusement

tu me miroir

je te montre

Tu me mirage tu m’oasis tu m’oiseau tu m’insecte tu me cataracte    non 

Non tu fais rien de tout ça mec. Han ! Insuuuupportable genre le mec il a trouvé l’idée deeee faire des verbes avec heu des mots en fait. Avec des des.. non mais c’est nul. Han tu me solubles tu m’insolubles naaan je te cuisse je te caresse

je te frissonne nan c’est insupportable hein je te respire

jour et nuit je te respire

je te bouche haaaaan mais quel enfer ! Mais quel enfer dans quel enfer de la poésie ! 

Parce que chaque mot cache une fin du monde alors déjà        non     déjà chaque mot cache pas une fin du monde ‘fin faut s’calmer tu vois genre un mot c’est un mot 

et que l’ombre rend plus vive la lumière       quoi 

la vie belle de sa blessure rouge

flamboie de tristesses éparpillées

Un rouge exubérant à en mourir

un rouge à aimer sans prendre souffle     non mais c’est horrible ! 

Un pétale deux pétales trois pétales

rouge sang rouge vulve rouge Ogou

Tu dérives ma fille, tu dérives et t’emmêles    allez lèche le sang d’mes règles, bois-le à la paille ! 

Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

Absorbent les minéraux et l’amour maternel    gniaaanaganaaiaia ‘tain mais la poésie c’est d’la merde ! ‘tain y a pas une jolie poésie là ? Ya pas un truc sympa à lire putain ? Arthur Rimbaud ! hé! Arthur Rimbaud j’te laisse une chance. 

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.

– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ! L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ; Le vent chargé de bruits oh non ! 

Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –

A des parfums de vigne et des parfums de bière…     bon, bon le mec il s’en remet pas d’avoir 17 ans mais bon faut s’calmer quand même 

Holalalala y a que des trucs horribles quoi ! Fouuuu mais pourquoi les poètes ils sont, c’est quoi leur problème ? 

Les nuages sont beaux, blancs les nuages sont blancs, bleus, les nuages sont beaux    non mais sérieux ?!  

immondes, les nuages nagent, les enfants font l’amour, lèvent, soufflent, grandissent, passent, ne reculent pas, se retournent, descendent, les nuages nagent, les nuages volent,    ohlala 

Frères humains, qui après nous vivez, N’ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.    Fouuuu comprends riennnn 

Les lambeaux de notre amour mitigé alors là encore heu quelqu’un qu’a une peine de coeur ils ont tous des problèmes de coeur heu les poètes 

Accrochés aux poutres de mes souvenirs Imprimés en moi éternellement.  Nan mais c’est bon quoi, ils ont pas autre chose à raconter ? 

Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ;

mon âge : l’âge de la pierre. (…)

Ma race : la race tombée. Ma religion …

mais ce n’est pas vous qui la préparerez avec

votre désarmement …

c’est moi avec ma révolte et mes pauvres poings

serrés et ma tête hirsute    pfou ils font des césures t’sais pour faire style ils font des césures en plein milieu des phrases genre hmmm j’vais tous les déstabiliser en mettant des césures là où il ne faut paaas. C’est ça la poésie ? Attend déjà pourquoi tout est en vers là ? Ya pas haaaa là ya un peu de… heuuuu de prose ha mais parce que c’est une adaptation quoi 

Mes gants ! Blancs. A Bloc. Gonflés à bloc. Gonflés… et durs, bordel ! Vos lits d’amour, c’est le champ de bataille. A la guerre comme à l’amour !… Pour les combats, parés !… De toutes vos parures, Messieurs. Ouais bien sûr c’est que des mecs Meeeessieurs c’est que des Meeeessieurs voilà ça m’a soulé 

C’est le fils d’un forestier qui nous a trouvées.

Après dix heures de travail pour éteindre le feu il est passé à côté de nous sur son chemin de retour. Il était déjà depuis deux jours en intervention dans la forêt et il était fatigué.

Depuis quarante et une heures, des pompiers étaient déployés dans la forêt.

Avaient maitrisés le pire. La flamme nue. Mais le feu qui couve n’avait pas encore été vaincu.

Le feu qui couve est un animal silencieux, sournois.

Le travail continuait. 

C’était le soir, dix heures moins dix.

Le ciel était noir. Depuis quarante-huit heures je n’avais pas vu la lumière du jour.  Ça c’est pas mal ! C’est une femme ! Anja. Hilling. J’aime bien. Ça c’est joli. 

Bref 

Ces poètes alors 

Ils adoooorent les métaphores 

Et les comparaisons 

Ça c’est les pires trucs. 

 

PS : j’ai trouvé tous ces beaux poèmes à la fin du questionnaire d’entrée au TNB. Tu peux les trouver et les lire aussi en cliquant sur ce lien. Sinon, leur référence dans l’ordre ci-dessous :

Gaston Couté « Sur la grand’route »

Léon-Gontran Damas « Solde »

Roger Dorsinville « Pour célébrer la terre »

Louise Labé « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie »

Ghérasim Luca « La fin du monde »

Ketty Mars « Dérive en rouge »

Sylvia Plath « Je suis verticale »

Arthur Rimbaud « Roman »

Christophe Tarkos « Pan » (extrait)

François Villon « L’Épitaphe de Villon ou Ballade des pendus »

Nedjmhartine Vincent « Confession »

Aimé Césaire « Et les chiens se taisaient » (adaptation monologue Le Rebelle)

Jean Genet « Les paravents » (adaptation monologue du lieutenant)

Anja Hilling « Tristesse animal noir » (monologue de Miranda)

BOK CHOY

Je suis la personne la plus fascinante qu’il m’ait été donné de connaitre. 

D’ailleurs je suis celle que j’aime le plus. 

Un jour ma soeur m’a dit qu’en amour, sa devise était « je t’aime, mais je m’aime plus ». 

J’écoute les conseils de ma soeur tu vois. 

Cette devise a dépassé les frontières de l’amour entre moi et n’importe qui. Je l’applique à tout le monde. Mes potes de passage, mes vrais amis, ma famille, mes amant.es, mes amoures, et même les gens que j’aime pas, je les aime moins que moi. 

Mais c’est normal parce que qui mieux que nous peut nous procurer ce qu’on est? 

Tu comprends pas cette phrase. 

Peut-être qu’elle est très mal formulée mais que j’ai pas envie de la reformuler pour faire comme si ça m’intéresse que tu comprennes. 

  1. Y a que sur moi que je peux faire tous les tests qui me passent par la tête. 
  2. Y a que moi qui peux sentir les choses. 
  3. Y a que moi qui peux donner un sens à ma vie. (ça c’est une blague)
  4. Y a que moi qui peux faire des autoportraits. 
  5. Y a que moi qui peux m’épuiser à essayer de vraiment me connaitre, en étant si proche du but et si loin de la vérité. Et aimer ça. 
  6. Y a que moi qui peux me contredire intérieurement. 
  7. Y a que moi qui te regarde comme ça. 
  8. Y a que moi qui peux faire passer ceux que j’aime avant moi un temps, puis y revenir. 
  9. Y a que moi. 

Voilà je voulais te dire ça. 

DITES À CES PERSONNES QUE JE VIS ICI

L’homme devant moi est assis.

Il porte un casque et il écoute sans doute de la musique ou bien la radio ou bien je sais pas. 

Il est revenu sans casque, avec un sac en carton de la SNCF. Il en sort une canette et surtout un morceau de pain blanc et un bol en plastique recouvert d’un opercule qu’il retire. 

Dans le bol en plastique il y a des choses comme des pâtes de la forme d’un tube qui garde la sauce dedans. C’est marron clair pas marron clair avec du jaune proche de l’orange plutôt avec beaucoup de blanc. 

Je pense que la sauce est aux champignons. 

Dans quelle forêt ont-ils été cueillis ? D’où provient la farine dont sont faites les pâtes? 

Voilà maintenant le temps que j’écrive il mange un gâteau une tranche de cake dans un emballage en plastique. Il boit son ice tea. 

On a perdu le contact avec la terre. 

Les humains tuent des bébés cochons pour gagner leur vie. Pour gagner le droit de survivre et d’oublier. 

On a complètement pété les plombs. 

En fait. C’est ça. 

L’humanité est folle. 

On épuise les ressources de notre terre. 

Les minorités se combattent. 

1% de la population mondiale dirige le monde. 

J’écris sur une feuille double celle qu’un enfant m’a donné parce que je suis encore venue dans ce train sans rien pour écrire, j’ai fini par lui demander une feuille et un crayon.

Jesuispasbien Benc’estsûrc’estpasl’hôtel Papaonarriveàquelleheure? 

Sur tinder ChFemmeEnculeuse me parle. Il a mis une fausse photo de profil et je lui ai demandé si objectivement il se trouvait beau. Il a répondu oui. Alors il m’a envoyé une photo et en fait non. Je me trouve plutôt pas mal mais peut-être qu’en fait je suis dégueulasse. Moi j’ai rien contre l’idée de mettre des trucs dans les fesses mais faut qu’il me plaise. 

Est-ce que c’est moi qui suis folle ? 

J’ai froid des frissons dans les coudes. 

Je veux être cette petite fille qui porte une grenouillère dans le train. 

On devient agressif quand on a rien. 

J’ai l’impression. 

Je sais que tu lis ce que j’écris hein. 

Salut toi. Merci de m’avoir prêté cette feuille. 

Les amis, ou pas

moi j’ai besoin d’êtreee seule

j’ai besoin de savoir être seule

ha le mec viens d’me voir en culotte

j’ai besoin de savoir être seule et de savoir me suffire à moi-même

parce queee je peux pas compter sur les autres parce que je sais pas créer des     de rela heu je veux pas avoir des amis je veux pas avoir des amis parce que ffff

je veux pas avoir un groupe d’amis

parce queeee ça engage trop

et puis ça voudrait dire que ils m’connaitraient trop bien

j’préfère que y ait peu de personnes qui sachent vraiment qui j’suis ‘fin comment j’suis

vraiment

du coup

du coup j’ai pas d’amis

voilà

et du coup je je j’essaye deee de de trouver toujours comment je peux heu jongler entre le fait de heu       de pas être heu entourée heu de manière trop proche en même temps d’avoir quand même quelques personnes        des contacts que heuuuu que j’pourrais voir heu éventuellement de temps en temps              sans avoir à trop donner de de moi parce que ‘fin dans l’sens où où sinon je donne tout et

et en même temps heu tu vois heu c’est parce que je si jamais j’ai trop un groupe d’amis heu ‘fin si jamais je commence à    en fait le plus dur c’est de commencer

une relation heu heu sans qu’elle soit liée à du travail ou à une autre activité comme ça commencer une relation avec quelqu’un ou un groupe de quelqu’uns heu c’est c’est c’est c’est compliqué parce queee                    à la fois il faut montrer que t’as envie d’les voir en même temps heu il faut se montrer présente ettt en même temps heu il faut pas avoir l’air d’être toujours en demande parce que sinon à la fin tu finis par passer par la meuf qu’a vraiment pas d’amis et en fait heu les gens ça leur fait pitié du coup ils veulent plus d’toi               du coup en fait tu t’fais rejeter hyper rapidement ‘fin moi j’me sens rejetée hyper rapidement  parce queee en début de relation heu les gens heu ils peuvent pas vouloir de toi tout l’temps quoi y a certains cercles qui peuvent pas s’ouvrir parce que c’est trop tôt tu vois et en même temps heu en même moi ça m’fait chier quoi

                                                  en même temps moi ça m’fait chier 

enfin j’veux dire heu c’est à dire que        moi si je décide que quelqu’un rentre dans ma vie j’le fais rentrer partout et puis j’lui fait tout de suite rencontrer les gens qu’j’aime bon tu vois du coup j’en ai pas voilà donc comme ça au moins c’est vite fait

mais tu vois si si c’était l’cas si j’étais une leadeuse et que j’avais un groupe de potes et que j’décidais que quelqu’un ben j’l’aimais bien j’l’appréciais et je voulais heu que ce soit heu quelqu’un qui rentre dans mon cercle d’amis et de connaissances ben       ben j’sais pas j’le j’le j’l’incrusterais dans mes soirées et

                                      j’ferais en sorte qu’il se fasse pas chier chez lui tout seul

                   ou toute seule

du coup je me sens rejetée heu tout l’temps heu alors c’est pour ça j’aime pas m’faire des amis parce que en fait heu pour te faire des amis il faut passer par des étapes où heuu  genre on veut pas d’toi quoi

non mais attend heu 

c’est quoi c’t’histoire là (expression de mon père)

donc voilà donc du coup j’suis là comme ça chez moi toute seule et heu

et j’essaye d’me convaincre que heu ben c’est pas grave tu vois

et finalement heu j’ai pas besoin heu      pas besoin des autres quoi          c’est stupide parce que bien sûr que si t’as besoin des autres ‘fin tu vois tout le monde a besoin des autres sinon t’es quoi

en même temps c’est moi j’ai décidé de redescendre dans une ville complètement chéper là heu avec personne heu putain pas d’amis quoi pas de potes heu les autres c’est tous des gros cons là j’ai pas envie d’les voir

et les autres il faut creuser creuser creuser heu pour essayer de fff de t’intégrer et tout là putain de merde c’est chiant quoi      tout recommencer à zéro  tout recommencer à zéro putain

                          fait chier

j’en ai marre de tout recommencer à zéro     surtout queee j’vais finir par coucher avec unnn des gars du groupe ça c’est sûr et au final heuu fff

ça finira comme ça finit toujours heu en mode heu ha ben du coup heu t’es plus avec lui donc heu du coup on est plus tes copains allez vas-y va t’faire enculer

on a jamais été copains

FLÉAU N°9 : LES TÉNÈBRES

Voilà je vais écrire quelque chose sur une performance que je n’ai pas vu entièrement. 

J’ai honte. 

Mais après tout, y a des journalistes qui sont payé.e.s et qui le font sans que ça pose problème. 

 

C’était ma première étape du Festival Actoral. Je me rendais à Marseille et plus précisément au centre d’art Montevideo pour voir Fléau de Dave St Pierre et Alex Huot.

Je ne connais pas ces artistes.

J’en avais vaguement entendu parlé en bien.

La performance dure 5 heures. J’ai 2 heures de route pour rentrer chez moi.

J’entre dans une boite noire recouverte d’un tapis de danse.

Les spectateurs sont assis aux bords, contre les murs, par terre.

Au centre, trois performeurs portent des masques de corbeaux.

Derrière moi, une affichette annonce le programme heure par heure, décliné en plusieurs tableaux de durées différentes. Au dessus de l’affichette, une horloge.

 

Il ne se passe rien. Du moins, rien qui soutienne mon attention. Pas rien du tout. De temps en temps, un des performeurs étend et repli un plaid rouge sur une table ou le pose en boule quelque part. Un autre, à deux reprises, s’étend au sol et tente de boire de l’eau avec une bouteille qu’il vide lentement au dessus de son bec. Les deux hommes sont nus. La troisième performeurse est une femme dont le costume de corbeau est complété d’un grand plaid noir qui la recouvre entièrement et qu’elle se met à agiter parfois.

Voilà.

Je m’ennuie.

Un homme à côté de moi a ouvert un bouquin. Oui car il n’y a aucune autre création lumière que de simples néons qui éclairent la pièce (oui l’image est trompeuse on est d’accord). Ni aucune autre création sonore que le silence. Les conditions idéales pour se remettre à la recherche du temps perdu.

 

J’ai oublié le deuxième tableau.

 

Dans le troisième, les hommes enfilent des combinaisons à poils, une jaune et une verte. Elles sont chacune dotées d’un énorme sexe masculin, je précise comme si ça avait pu être autre chose. La performeuse s’est installée au centre du plateau, sur une balançoire et commente l’action des deux hommes. Elle explique que ces deux personnages vivent dans une boite noire, qu’ils s’ennuient et qu’ils jouent beaucoup. En particulier à un jeu qui consiste à cacher leur énorme sexe. Aussi, ils les comparent pour voir qui a le plus gros. Ils s’approchent des spectateurs mais sans aller trop loin.

Ça dure beaucoup trop longtemps. Aussi, à la fin du tableau, quand le quatrième commence, les hommes de nouveau nus enfilent des masques de monstre et je quitte la pièce.

 

Si le message critique est de dénoncer le patriarcat artistique qui opère dans le spectacle vivant comme partout, pourquoi le faire en continuant de tourner autour de vos bites? Je m’en fous de ta bite. Parle-moi d’autre chose que de la bite. J’en peux plus de voir des bites. Vrais bites, fausses bites, bites en plastiques, en gode, en pilou-pilou. Ravalez vos bites, sucez-vous la bite ailleurs que devant mes yeux sur le plateau.

bite bite bite bite bite bite bite

C’est quoi, c’est dénoncer le patriarcat en faisant du patriarcat ? et chiant en plus.

J’aurai pu revenir car le dispositif permettait d’entrer et sortir, mais j’ai préféré manger une gaufre sur le vieux por(c/t).

BOUNDARY GAMES / LÉA DROUET / NANTERRE-AMANDIERS

BOUNDARY GAMES – Léa Drouet – Nanterre-Amandiers – 22/09.2018

 

 « Le multiple, ce n’est pas seulement ce qui a beaucoup de parties, mais ce qui est plié de beaucoup de façons. » Gilles Deleuze

 

Quelques gouttes descendent du ciel et le public se réfugie dans le sas d’entrée des ateliers.

Je suis la première à passer les rideaux et à (re)découvrir le lieu et l’espace scénique.

C’est toujours impressionnant.

Dans l’aire de montage des ateliers de construction de décors, le sol a été quadrillé de lignes vertes et blanches. Des performeurs.euses sont assis dans les gradins. Je m’assoie à côté d’un homme qui porte une barbe et des cheveux bruns attachés.

 

Tout est calme.

Le public entre et prend place à son tour dans les gradins.

 

Ça va commencer.

 

L’aire de montage ainsi quadrillée est devenue aire de jeu.

Mes yeux sont dans mes pensées.

J’entends le brouhaha du public s’éteindre, une performeuse s’est levée.

Elle tient dans ses bras un tas de couvertures grises qu’elle dispose au sol avec beaucoup d’attention.

L’homme qui était assis à ma gauche se lève, prend une couverture sur la pile des couvertures disponibles, la tend en l’air et la descend doucement jusqu’au sol comme un millefeuille.

 

Voilà trois hommes et trois femmes qui ensemble, plient, déplient.

Je me dis que le temps va être long.

 

La lumière des néons change d’une manière qui me semble aléatoire, comme la création sonore.

 

Peu à peu j’oublie de penser.

Je vois simplement les actions qui se déroulent.

Je commence à me raconter des histoires.

Des histoires d’interactions.

Des histoires de ce qu’on se fait.

 

Je fais de toi une statue après ta mort.

Je te recouvre pendant que tu dors.

 

Tout ce qu’ « on » peut faire

 

On, peut s’aider

On, peut se donner chaud

On, peut se donner de l’espoir

On, peut effacer les frontières

On, peut graver les mémoires

On, peut se regarder

On, peut se battre

On, peut faire beaucoup

 

Je peux aussi faire tout ça.

 

Mais c’est beaucoup moins facile de te venir en aide si tu n’es pas là.

Malika 68

Ce poème que je désire vous clamer j’lai écrit en mai 68 il décrit comment j’ai vécu nous avons vécu mai 68 à Paris alors qu’à cette époque là vous étiez même pas un XY et comme votre jeunesse me rappelle la nôtre. Hé ben j’vais vous décrire 68 à travers heu mon poème.

Par un beau matin de mai tout ce qui était enfuis en moi tout ce que chacun et chacune de nous supportait à surgit et j’ai vu brandir ton beau visage rouge et mon coeur battait de joie pour te préserver d’l’ennemi acharné nous avons décidé de travailler des jours et des nuits, des jours et des nuits. J’ai vu des trains métros arrêtés, j’ai vu des usines en grève, j’ai vu l’u.ni.ver.sité dans la rue. L’U.niversité dans la rue. J’ai senti naitre cette amitié riche de fraternité et d’humanité. Je dis bien riche de fraternité et d’humanité car de nos jours mes enfants on a du mal à m’croire mais j’les comprends elle est plutôt exposée à l’individualisme moi je le reste je m’en fous. Mais rev’nons à mon rêve de mai 68 et mon poème.

Riche de fraternité et d’humanité, mais l’ennemi qui nous guettait a choisi comme traitre savez-vous mes enfants qu’est ce qu’il a choisi comme traite? Notre propre fatigue ! En transperçant ton beau visage rouge de nouveau la réalité réapparait. Les frontières sont redressées, des camarades expulsés. Pour comprendre nous avons décidé d’aller à ta recherche, à travers les divers chemins entre autre chez l’ouvrier paysan. Car c’est ici qu’tu dors hein et c’est ici qu’tu dois t’réveiller pour ne plus dormir, ne plus mourir, ne plus dormir.

Fin d’mon poème.

Après suite à 68, après certains camarades ont essayé pour comprendre sont partis au Larzac, d’autres ont essayé de prendre contact avec l’univers du monde ouvrier paysan car à cette époque là mes enfants il y avait un tel mur entre l’intellect et l’ouvrier, à tel point que l’intellect il te dit « le manuel n’est rien puisqu’il n’a pas d’tête! » mais est-ce l’intellect puisqu’il s’est posé la question à lui-même, à quoi lui sert sa tête sans ses mains? À quoi sert le savoir d’un chirurgien… sans ses mains. Il a beau bien comprendre, à travers sa tête ce qui faut faire, ce sont ses mains… il ne pourrait jamais l’appliquer et pis pour moi, Paris 8 se sont les cendres de 68 car suite à 68 une université s’était ouverte pour la première fois pas qu’uniquement qu’avec des enfants qui ont pu avoir cette chance d’avoir le livre comme biberon, mais aussi des enfants issus du monde ouvrier paysan et d’ailleurs, mais qui avaient cette même soif d’apprendre. Pis y a plein d’choses à dire suite à 68. Mais mes enfants ce n’est pas parce qu’on a balayé la poussière qu’elle revient pas. Face à notre individualisme égoïsme moi je le reste je m’en fous et aux progrès techniques et scientifiques elle éreinte pour revenir. Mais le jour où on balaye notre égoïsme individualisme on apprend à conjuguer les je de chacun et chacune pour faire de nous un tout non un rien. Pour saisir que notre différence est la nourriture de notre commun. Pour nous aider à retrouver notre humanité et là, face à notre humanité, la poussière elle devient impuissante donc elle ne se nourrit que de notre individualisme égoïsme. Mais face à notre humanité, elle pourra plus revenir. Merci

Tous : bravoooo, merci (applaudissements) 

elle: merci, muchas gracias la prochaine fois je vous ferai un autre poème et ainsi de suite

Moi : vous étiez à Nanterre pendant 68 ?

Elle : non j’étais pas à Nanterre, j’étais à Paris, j’étais vraiment à Paris mais moi j’étais d’un côté ouvrière et d’un côté heu assoiffée d’étudier à côté quoi, à la Sorbonne, et puis avant heuuu et après plus tard quand il y a eu heu l’université qui s’était ouverte à Vincennes, j’ai été aussi là-bas. Maintenant elle est plus à Vincennes, elle est à, à st Denis voilà.

Moi : hm

Elle : Merci bien

Tous : merci madame

Elle : merci à vous

Tous : merci beaucoup, merci

Elle: vous êtes pas obligés hein j’veux dire par là j’vous remercie

Anthony : mais si

Elle: c’était pas, je veux pas que vous réduisiez votre soirée voilà

(rires)

Elle : si vous êtes une maison de production là j’exigerais

(rires)

Moi : vous vous appelez comment?

Elle : Malika moi je m’appelle Malika

Moi : c’est beau Malika

Malika : un drôle de cas et toi comment tu t’appelles ma fille ?

Moi : Noëlla

Malika : Noëlla quand elle est là la vie est là

tous : Haaaa, hoooo haaaaaaa, waaaaa

Assia : La chance !

Laure : merci beaucoup Malika

Malika : merci merci

Laure : c’est toujours un plaisir de vous voir

Malika : merci

 

Laure : J’aime trop cette meuf. Elle trainait toujours à Jaurès quand on était au cours Florent et du coup on la voyait hyper souvent et quand on avait les travaux de fin d’études on présentait des pièces et tout et moi je jouais dans plusieurs projets et on l’avait invité à voir un des trucs elle était venue. Et t’sais on l’avait invité en mode bon…  vas-y elle va jamais venir mais ça nous aurait fait plaisir tu vois et là la meuf est venue ! et genre après on a eu une discussion genre passionnante à la sortie ‘fin… elle est ouf cette meuf. vraiment je.. elle me touche de ouf, bref.

Moi: elle est géniale.

Anthony : le poème est hyper beau tu me l’enverras